Alors que la polémique autour des sels d’aluminium incite certaines à délaisser les déodorants, d’autres misent sur des formules drastiques pour contrôler ce processus naturel.

Lorsque Manuel Valls a mouillé sa chemise au discours de clôture de l’université d’été du Parti socialiste, l’an dernier, les réseaux sociaux se sont gaussés. Ruisseler à ce point par 22 °C… Repoussée, moquée, aujourd’hui, la transpiration n’est plus tolérée, sauf dans le cadre sportif ou les salles de concerts, où il est encore bien vu d’afficher ainsi son engagement et sa passion. «Dans la vie de tous les jours, alors que l’on nous pousse sans cesse à être plus actifs et plus performants, il est important de s’éloigner du corps vivant et de ses humeurs, qui perturbent la maîtrise de l’apparence. L’être instruit ne se laisse pas dominer par sa nature. Cette facette intime n’est plus tolérée dans l’espace public», analyse Bernard Andrieu, philosophe.

La règle est désormais de dévoiler un corps neutre, impeccable, en toutes circonstances. Et les millennials, qui ont pris l’habitude de s’épiler les aisselles, sont les plus tyranniques sur le sujet. On note cependant des différences selon les pays. «En France, le plus intolérable est l’odeur, alors qu’aux États-Unis et en Angleterre, c’est la sensation d’humidité», rapporte Annabel Mari, directrice scientifique de Narta. Dans les deux cas, la même quête de la solution la plus efficace pour combattre les émanations. Les médecins sont les premiers à avoir noté cette étrange évolution dans la société. «Dans ma patientèle, j’ai de plus en plus d’individus se disant gênés par leur transpiration, alors même qu’elle ne présente rien de pathologique», confesse le professeur Laurent Misery, dermatologue au CHU de Brest.

Le match des antitranspirants et des antibactériens

Sans surprise, les antitranspirants (les déodorants réputés les plus efficaces, qui agissent en bouchant le canal sudoral pour ralentir le flux de la sueur) sont les premiers à s’écouler en grande surface et en pharmacie, alors que la polémique sur les sels d’aluminium, dont ils sont truffés, est perpétuellement relancée ! Les antibactériens (qui neutralisent, eux, les bactéries à la surface de la peau, à l’origine des mauvaises odeurs) ne représentent plus qu’un tiers de la demande. «En matière de déodorant, les gens fonctionnent selon l’adage “qui peut le plus, peut le moins”, même s’ils ont une transpiration tout à fait normale !» rapporte Nathalie Broussard, directrice de la communication scientifique chez SVR.

Certains vont même jusqu’à appliquer tous les jours les formules réservées à l’hyperhidrose (les détranspirants concentrés jusqu’à 25 % de sels d’aluminium, type EtiaXil, Perspirex ou, plus doux, Spirial Extrême du laboratoire SVR), dont souffrent seulement 2,6 % de la population européenne.

Car s’ils prennent conscience du danger que peuvent représenter certains cosmétiques, les Français restent obsédés par leur besoin de contrôler une transpiration jugée humiliante. «Il n’y a aucun inconvénient à utiliser ces produits tant qu’ils répondent à une gêne et sont bien tolérés. Toutefois mieux vaut éviter un usage quotidien. Leur action perdure bien au-delà de 24 heures, un jour sur deux suffit amplement. Entre chaque pose, je préconise un simple nettoyage à l’eau et au savon.Le soir est le meilleur moment pour les appliquer lorsque les glandes sudorales sont au repos. Cela leur laisse le temps de s’installer. Ils seront ainsi plus efficaces quand les glandes seront à nouveau en pleine activité le lendemain», explique le Dr Isaac Bodokh, chef du service de dermatologie au centre hospitalier de Cannes.

Par ailleurs, notre spécialiste le précise : «À l’heure actuelle, il n’y a aucune preuve scientifique de la dangerosité des sels d’aluminium, donc aucun risque à employer les antitranspirants.» D’autant que ces molécules sont trop volumineuses pour pénétrer la peau. Mais toujours prudente, l’Agence nationale de sécurité du médicament recommande de ne pas y avoir recours sur une peau lésée, fraîchement rasée ou épilée.

Dernières révolutions en date

Les innovations marquantes en boutiques ? L’antitranspirant qui supprime le transfert des odeurs déplaisantes sur les textiles synthétiques (Freshissime de Narta), une trouvaille. Les nouveaux déodorants antihumidité proposés en alternative aux formules à base de sels d’aluminium sont également à l’honneur (+ 5 % en 2016). «Ce sont des antibactériens dont on a renforcé l’efficacité anti-odeur grâce à des ingrédients qui absorbent les molécules acides volatiles qui se forment malgré tout. Et les produits comportent désormais une balance antihumidité grâce à l’ajout de substances ultra-absorbantes, comme le talc ou la perlite », décrypte Annabel Mari (à découvrir dans les récents Déodorant Micro Talc de Cadum, Déodorant Minéral de Vichy, Déo-soin Dermato de Rogé Cavaillès et Roll-On Spirial Végétal de SVR).

Et qui sait, peut-être un jour suivra-t-on l’exemple des Américaines qui font déjà appel à la médecine pour faire taire leur nature ? Injections de toxine botulique à reproduire tous les 4 à 8 mois ou MiraDry, traitement utilisant des ondes ultracourtes pour détruire les glandes sudorales – pas de panique, nous en avons au minimum 200 par cm2, il en reste donc suffisamment pour assurer la thermorégulation ! Une séance suffit pour un traitement de confort (2 000 €). Des solutions extrêmes mais qui n’entraînent pas d’hypersudation paradoxale comme après la chirurgie.

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Source: http://madame.lefigaro.fr