travail

Au travail, vous avez tendance à rester (très) tard. Ce n’est pas une raison pour rater le cours de yoga ou un rendez-vous avec Jules (votre future famille, qui sait ?).

Vous êtes une femme sans enfant, une célibataire reconnue comme telle. Vous savez vous montrer souple dans votre organisation professionnelle, vous adapter quand il le faut. Votre entreprise peut compter sur vous pour rester un peu plus tard en cas de besoin. Sans vous en rendre compte, vous finissez bien au-delà des heures «classiques». Mais ce qui était une aide ponctuelle devient une habitude. Vous avez mis le doigt dans l’engrenage et il est trop tard pour faire machine arrière. Pourtant, être célibataire sans enfant n’est pas une raison pour travailler plus que les autres. Trois femmes ont accepté de témoigner sur le sujet au regard de leur expérience

Apprendre à poser ses limites

Même célibataire, vous avez une vie à côté de votre travail. Vous débordez d’actvités. Hors de question de faire l’impasse sur vos cours de yoga et vos virées entre copines. Célibataire, Alexandra (*) l’est depuis un certain temps. Pour elle, il n’y a pas de dérogations possibles : il y a une vie après le travail et il ne s’agit pas de s’oublier. Cela a toujours été sa philosophie. À 56 ans, elle occupe le poste de chargée de communication dans une administration. Pas question de faire une minute de plus que ne le stipule son contrat de travail. Elle a tout de suite posé ses limites : «Je ne rends pas service. On me paie pour rendre un travail à faire dans un temps imparti, sauf si c’est un choix, bien sûr. Pour ma part, mon ambition est ailleurs, dans ma vie personnelle», explique-t-elle.
Elle trouve injuste que les célibataires se sentent obligés de travailler davantage ou que la pression sociale les y oblige. «C’est triste et injuste. C’est une double punition car il faut aussi du temps pour s’occuper de soi et nourrir ses relations amicales, sa relation amoureuse. S’il le faut, il faut mentir, s’inventer une vie», estime-t-elle. Comme Caroline, il faut rapidement mettre en place une limite. Elle conclut : «Est-ce que l’on obligerait un homme, célibataire et sans enfants, à faire des heures supplémentaires ?»

Arrêter de se mettre la pression

Parfois, il vous arrive de vous mettre la pression pour répondre aux exigences avérées ou fantasmées de votre entourage professionnel. C’est plus fort que vous, vous répondez toujours présente et malheureusement, la situation se retourne à votre désavantage.
Caroline (*), 43 ans, responsable éditoriale, s’est toujours donnée corps et âme au travail. Longtemps, elle s’est montrée disponible, trouvant le moyen pour rendre service chaque fois qu’elle le pouvait. «Quand tu es jeune, tu as envie de faire tes preuves, de montrer que tu en veux. Alors, tu ne comptes pas tes heures. Malgré moi, je suis devenue mon propre dictateur», avoue-t-elle.

Caroline s’est «réveillée» à 33 ans. Elle a vu ses amies et collègues se marier, avoir des enfants… Et elle, de rester de plus en plus tard au bureau, constatant que sa vie sociale se réduisait comme peau de chagrin, n’ayant pas le temps de l’entretenir et n’ayant plus aucune énergie, entièrement «mangée» par son travail. «C’est moi qui ai entretenu le système en laissant penser, qu’étant célibataire, il était normal d’en faire plus que les autres», dit-elle. Elle a alors décidé de renverser la vapeur, de mettre des limites. En retour, elle a entendu des remarques : «Ah ! Tu pars déjà ?» Elle a perçu des soupirs d’agacement, capté des regards culpabilisants, la poussant à toujours se justifier. Finalement, elle a craqué lorsque sa hiérarchie a annulé ses vacances d’été, trois semaines avant son départ, sous prétexte qu’elle n’avait pas d’enfants. Elle a donc démissionné. «Si on pousse la logique jusqu’au bout, j’aurais tendance à penser qu’il existe une discrimination vis-à-vis des célibataires», souligne-t-elle.

Dans son poste actuel, au moment de son embauche, elle a annoncé immédiatement la couleur. «Si je ne le fais pas, personne ne le fera à ma place», insiste-t-elle. Ce qui n’empêche nullement ses nouveaux collègues de lancer parfois des petites phrases insidieuses. Généralement Caroline fait la sourde oreille. Sauf le jour où l’un d’eux lui a jeté, un soir, en pleine préparation d’un appel d’offres : «Je vais aller coucher mes enfants. Toi, tu peux rester puisque tu es célibataire.» Caroline lui a rétorqué du tac au tac : «Tu peux me dire en quoi chercher le père de mes enfants me prendrait moins de temps que, toi, de coucher les tiens?» L’autre est resté coi… «Le temps n’est pas élastique. Il dure vingt-quatre heures pour tout le monde. Je ne vois pas pourquoi je n’en profiterais pas moi aussi», glisse-t-elle, l’air de rien.

Faire un choix et l’assumer

Certaines ont choisi délibérément de travailler davantage. C’est le cas d’Audrey Barrières, dotée d’une grosse capacité de travail. Cette chef d’entreprise qui a fondé Culturevent – une plate-forme qui met en relation musiciens et organisateurs de concerts – a souvent fait passer son boulot avant le reste. «Personne ne m’a forcée à travailler davantage parce que j’étais célibataire. Je ne comptais pas mes heures car ce que je faisais me passionnait. Être célibataire et ne pas avoir d’enfant me le permettait. À l’origine, c’est parce que je le voulais. J’ai foncé », assure cette jeune femme de 35 ans. Devenue successivement chargée de production à l’opéra de Rouen, administratrice à l’opéra de Marseille, administratrice générale au Paris Mozart Orchestra… le célibat lui a donné cette liberté de s’investir dans son travail, de changer de ville comme bon lui semblait, n’ayant aucune contrainte.

Elle admet cependant que ce n’est pas une raison pour travailler plus : «Il faut que cela reste un choix. En fait, je ne me vois pas arriver à 55 ans et faire de mon boulot le seul but de ma vie. J’ai besoin de trouver un équilibre. Car ce qui reste à la fin d’une existence, ce sont surtout les moments passés avec ses proches.»
Il y a trois ans, elle a rencontré son compagnon, un sous-marinier. Celui-ci est souvent en déplacement. Mais lorsqu’il est là, elle revoit avec plaisir ses priorités. Il arrive parfois que son travail empiète sur sa vie privée. Son amoureux la rappelle alors gentiment à l’ordre. «On trouve un compromis. Je rentre pour le dîner et je me remets ensuite un peu au travail. Mais c’est vrai que le boulot ne peut pas tout combler. Comme célibataire, il y a un équilibre à trouver, c’est primordial», conclut-elle.

Source: http://madame.lefigaro.fr/