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Dans sa dernière étude, l’Inserm dévoile un constat affolant : un Français sur deux de plus de 30 ans est en surpoids. Un fléau qu’il faut prévenir et guérir dès le plus jeune âge. Un médecin nutritionniste nous donne les clefs pour prévenir l’obésité infantile.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon une étude de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et de la Caisse nationale de l’assurance maladie des travailleurs salariés (Cnamts), dévoilée ce mardi 25 octobre 2016 dans le Bulletin Épidémiologique Hebdomadaire, il apparaît que 56,8 % des hommes et 40,9 % des femmes de plus de 30 ans souffrent de surpoids ou d’obésité. Un fléau, qui concerne donc près de la moitié de la population française. Pire, un adulte sur six serait obèse.

Pour réaliser cette étude, l’Inserm et la Cnamts se sont intéressés au poids, à la taille, au tour de taille et à la tension artérielle de 28.895 hommes et femmes âgés de 30 à 60 ans en 2013, dans 16 départements français. Si le rapport dénonce un déséquilibre entre les sexes, des inégalités sociales et régionales et un problème de santé publique majeur, le docteur Corinne Chicheportiche-Ayache (1), médecin nutritionniste à Paris nous avertit : il faut prévenir de ce fléau dès le plus jeune âge. En effet, on a tendance à ne pas voir les défauts de nos enfants. Cette idéalisation peut parfois nous pousser à fermer les yeux sur de graves problèmes et notamment celui de l’obésité infantile.

Comment savoir si son enfant est en surpoids ? Comment réagir ? Quels mécanismes adopter à la maison pour l’aider à s’en sortir ? Chicheportiche Ayache, répond à nos questions.

Madame/lefigaro.fr – Il n’est pas évident d’accepter que son enfant ait une anomalie. Dans le cas de l’obésité infantile, comment faire pour que les parents ouvrent les yeux sur la maladie qui ronge leur petit ?
Dr Corinne Chicheportiche-Ayache : On se rend compte que l’enfant est en surpoids en tout premier lieu dans ses courbes de croissance. Le poids et la taille de l’enfant sont analysés par le médecin de famille ou scolaire. Si l’enfant les dépasse trop rapidement, le médecin a le devoir d’alerter les parents. Il y a ensuite le rôle de la prévention des collectivités : l’école est un lieu essentiel pour l’éducation alimentaire de l’enfant. Son rôle de prévention ne doit pas être culpabilisant mais ludique. Le personnel scolaire peut tout à fait prévenir les parents s’il pense qu’un enfant a un comportement alimentaire inquiétant. D’une manière générale, la prise de conscience est essentielle mais elle doit se faire accompagnée d’un spécialiste et sans stress, sinon la démarche est contre-productive.

Comment travaillez-vous avec les parents et avec les enfants ?
Je suis plutôt cool car je pars du principe que trop de rendez-vous ne servent à rien, et peuvent même nuire à la démarche entamée. Je propose donc un rendez-vous par mois. Parents et enfants sont conviés ensemble mais sont séparés à un moment de la consultation car il est primordial pour l’adolescent d’avoir son temps de parole sans être avec les membres de sa famille. Je remarque que les parents viennent souvent car leur enfant est le reflet de leur histoire personnelle, ils cherchent à éviter à les difficultés, les remarques qu’eux-mêmes ont essuyé à leur âge. Le but est de dédramatiser la situation, d’expliquer, de donner du sens à la démarche, de comprendre l’hygiène de vie de la famille et d’essayer de la faire changer.

Et pour un enfant ? Est-ce qu’on le met « au régime » ?
Surtout pas. On ne fait pas un repas spécial à son enfant. On ne lui interdit pas non plus d’aliments. Les interdits ne seront là que pour être transgressés et auront des conséquences désastreuses : si vous interdisez la pâte à tartiner chez vous, l’enfant pourra se « défouler » chez ses amis et ne pas l’apprécier en petites quantités. Il est primordial de manger de tout, d’éveiller son enfant à plusieurs textures, différents types de cuisson et qu’à table, tout le monde mange la même chose. En quantité raisonnable évidemment. D’ailleurs le simple fait d’être tous à table peut déjà aider à apprécier un repas. Beaucoup de personnes ne dinent pas avec leurs enfants ou alors à la va-vite, c’est une erreur, un repas doit se partager.

Quels sont les réflexes à adopter à la maison pour s’en sortir ?
Tout d’abord c’est l’enfant qui doit être moteur de ce changement. Il doit être impliqué, concerné et demandeur. Ensuite, il est important d’analyser son hygiène de vie, de manger plus équilibré évidemment, de découvrir de nouvelles saveurs mais aussi de ne pas trop insister sur la pesée. Laisser la balance de côté aide à dédramatiser et à moins y penser au quotidien. Il faut se rééduquer soi-même pour prendre de bonnes habitudes alimentaires, sans oublier de pratiquer une activité sportive qui nous fait plaisir.

Source: http://madame.lefigaro.fr/