Finies les longues séances d’application de crème grasse sur les plaques d’eczéma des petits. C’est avant qu’il faut agir. Le point avec le Dr Sébastien Barbarot, dermopédiatre au CHU de Nantes.

1. ECZÉMA DE BÉBÉ : UNE MALADIE CHRONIQUE

Peau sèche, plaques rouges, démangeaisons… sont le quotidien de 15 % des nourrissons. Les premiers signes de l’eczéma (ou dermatite atopique) apparaissent en général vers l’âge de 2 ou 3 mois. Rien à voir avec une dermite du siège due aux couches, ni avec les croûtes de lait du cuir chevelu.

« En raison d’une anomalie génétique et d’un désordre immunitaire, ces enfants ont une peau comme un buvard, explique le Dr Sébastien Barbarot, dermopédiatre. Très perméable, elle absorbe tout, y compris les allergènes et les irritants. » C’est une maladie chronique qui évolue par poussées entrecoupées de phases d’amélioration pendant des mois, voire des années. Mais si on la soigne dès le début, tout se passe mieux.

2. UNE ÉCOLE DE L’ECZÉMA POUR LES PARENTS

L’enfant se gratte, pleure, ne dort pas… Ses parents manquent de sommeil, perdent patience et ne savent plus vers qui se tourner. « Cela ne devrait plus exister, car une prise en charge précoce permet d’augmenter les chances de guérison et d’améliorer la qualité de vie », souligne le Dr Barbarot. Cela passe d’abord par ce que les médecins appellent l’éducation thérapeutique.

Elle se fait dans un lieu d’écoute et d’information, souvent situé à l’hôpital : l’école de l’atopie. « J’y ai découvert que j’avais tout faux ou presque, raconte Céline, maman d’Albane. On nous a appris quelle crème utiliser au quotidien, quelle autre pendant les poussées… Entre parents, nous avons échangé quelques astuces et cela nous a beaucoup aidés »

Ces structures sont animées par une équipe pluridisciplinaire (dermatologue, pédiatre, allergologue, psychologue, infirmières) dans les grands centres hospitaliers. Ou par un membre du personnel dans les stations thermales spécialisées en dermatologie comme Avène, La Roche-Posay…

3. ECZÉMA DE BÉBÉ : DES CRÈMES ÉMOLLIENTES ENTRE LES POUSSÉES

Clé de voûte du traitement : l’hydratation. Une ou deux fois par jour en fonction de l’intensité de l’eczéma, l’enfant ou l’un des parents applique une crème émolliente sur tout le corps. Sans parfum ni conservateur, elle est plus complexe qu’une simple crème hydratante. Conçue pour renforcer la barrière cutanée et rendre la peau moins perméable aux agressions (poussières, polluants…), elle la recouvre d’un film protecteur. Le massage complet ne doit pas excéder deux ou trois minutes, au risque d’échauffer la peau et de favoriser les démangeaisons.

4. ECZÉMA DE BÉBÉ : DES DERMOCORTICOÏDES EN CAS D’INFLAMMATION

Dès qu’une zone de peau rugueuse ou rouge apparaît, il faut sans tarder remplacer la crème émolliente par une crème (pommade, gel ou lotion) à base de corticoïdes. Il s’agit de produits utilisés au moins une semaine à dix jours et vendus sur ordonnance, comme Tridesonit®, Locapred®, Locoïd®, Diprosone®… Ils empêchent l’inflammation de s’installer et préviennent l’aggravation des lésions qui suintent, saignent…

Un peu comme les pompiers, ils éteignent le feu qui s’est déclaré à l’intérieur de la peau, explique le Dr Barbarot. Aujourd’hui, les dermocorticoïdes prescrits par les médecins sont « efficaces, très bien supportés et sans effets secondaires », insiste le spécialiste, qui déplore aussi que les parents ne les utilisent pas assez. Il faut les appliquer sur les plaques rouges, en général deux fois par jour, jusqu’à leur totale disparition. Sinon une « braise » mal éteinte risque de rallumer l’incendie…