La directrice artistique Maria Grazia Chiuri a présenté, jeudi soir, sa croisière 2018 pour la maison de l’avenue Montaigne sur les hauteurs arides de Calabasas, en Californie.

De notre envoyée spéciale à Los Angeles. Calabasas en Californie, sur la route sinueuse, près de cinq cents SUV noirs flambant neufs roulent au pas. À bord, sept cent cinquante invités – riches clientes, journalistes, socialites et célébrités – venus du monde entier assister au premier défilé croisière de la directrice artistique Maria Grazia Chiuri pour Dior. Un événement.

Le soleil glisse entre les lettres géantes d’un « Dior Sauvage » – le nom de la collection – plantées dans les herbes hautes façon Hollywood Sign de Griffith Park. Deux montgolfières, griffées of course, flottent au loin. Il devient difficile de résister à l’appel du selfie. Sur l’invitation, un dress code conseille de venir en chaussures plates et fermées… On murmure que des charmeurs de serpent ont été appelés à la rescousse pour déloger une horde de reptiles à sonnette.

La femme et la nature

Sous les tentures de toile sèche, on croise les égéries maison, Charlize Theron et Rihanna, ainsi que l’actrice oscarisée Brie Larson, Laura Dern, Demi Moore, Anjelica Huston et les Françaises Anaïs Demoustier et Amira Casar. Johnny et Laeticia Hallyday sont venus en voisins. En revanche, pas de trace de la famille Kardashian, originaire de Calabasas. Au centre du cercle, un groupe de percussionnistes donne le tempo. Les mannequins, boots lacées à crampons et chapeaux de gaucho, tournent en rond dans un nuage de poussière, entre les coussins jetés à même le sol. Sauvage dans le décor, dans l’idée et dans les mots, mais c’est d’un chic fou.

«Nous oublions parfois comment le monde qui nous entoure peut être inspirant et il nous faut conserver ce lien qui unit l’homme à la nature, confie Maria Grazia Chiuri. Pour cette croisière, nous sommes partis d’une collection de Christian Dior de 1951 réinterprétant les peintures de la grotte de Lascaux. C’est une référence inattendue et une collection extraordinaire mais relativement méconnue. Ensuite nous avons transposé cette attitude ici, à Los Angeles, parce qu’il est fondamental d’ancrer un défilé dans un lieu.»

Les filles portent des jupes parapluie en jacquard de soie, sur lesquelles s’affrontent bisons et chevaux préhistoriques, et des corsets aux bretelles à logo ; des pardessus en patchwork de daim couleur de terre, des lainages figurant des postures de yoga, des pulls frangés crochetés hippie, des vestes Bar façon saharienne, des jeans courts et droits bien secs entièrement rebrodés de lacets de coton. Aussi des blouses de poète en guipure crème, des robes en plissé bronze, des fourrures barbares en renard et des perfectos de Hells Angels.

Le pouvoir des images

Les accessoires ? Un Lady Dior en cuir bubble bordeaux et sa bandoulière de guitare folk, une besace en cuir gras clouté, des sacs en toile monogramme issus de la ligne Oblique… Des bijoux comme des grigris superposables à l’envi, des bandanas, des bracelets perlés porte-bonheur. «Il n’est plus question de total look aujourd’hui, poursuit la créatrice. Il faut imaginer des vêtements à dépareiller, s’approprier Dior. Donner envie de tout surtout, car n’est-ce pas la finalité ? Avoir envie de porter un vêtement à l’instant où vous le voyer défiler ?»

On retrouve, çà et là, les composantes de la silhouette de Georgia O’Keeffe – chemise de coton blanc sous kimono de laine noire, bijoux turquoise, ceinture navajo et chapeau de feutre. Une artiste actuellement mise à l’honneur au Brooklyn Museum, source d’inspiration inépuisable pour Maria Grazia Chiuri. L’Italienne cite également Vicki Noble et Karen Vogel, dont les dessins sous acide cannibalisent ses jupes et ses tee-shirts (attention, collectors en vue). Ce duo d’Américaines pur jus a créé, dans les années 1970, en pleine ère hippie, une version de tarot inédite, le Motherpiece. «Nos personnages prennent vie, s’animent, explique Karen Vogel, émue à l’issue du show. Maria Grazia a parfaitement compris le sens de notre travail et l’a retranscrit en restant fidèle à notre vision.»

Les vêtements ont une vibration

Les deux auteurs envisagent leur thème de prédilection, le féminisme, avec une bonne dose de mysticisme. Elles assurent voir en la directrice artistique une dakini, ces déesses issues des traditions tibétaines, réincarnées en femmes. «Un ami m’a demandé si cela ne me dérangeait pas de savoir que de riches femmes, n’ayant aucune connaissance de nos travaux, allaient arborer ces vêtements, confie Vicki Noble. Je lui ai répondu qu’au contraire, les images sont dotées d’un pouvoir. Elles affecteront celles qui les portent, même si elles n’en ont pas une immédiate conscience. Les vêtements ont une vibration.»

À leurs côtés, ce soir, l’écrivaine engagée nigérienne Chimamanda Ngozi Adichie peut témoigner en leur sens : son message «We should all be feminists » imprime les tee-shirts Dior de la première collection de prêt-à-porter de Maria Grazia Chiuri, ce printemps.

Source: http://madame.lefigaro.fr