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Eau du robinet, embouteillée, filtrée… Quelle eau devrait-on choisir? Pas simple, car les produits sont variés et les discours, multiples et contradictoires. Un dossier pour… y boire plus clair!

L’eau du robinet
Depuis plusieurs années, l’eau du robinet suscite de la méfiance. De plus en plus de gens craignent qu’elle soit de mauvaise qualité et se tournent donc vers d’autres types d’eau. «Pourtant, l’eau du robinet est bien contrôlée au Québec», assure Patrick Drogui, professeur au Centre Eau Terre Environnement de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS). «Les municipalités sont tenues de respecter des règles de purification qui garantissent la qualité de l’eau que nous buvons», explique-t-il. En effet, celles-ci doivent respecter des normes rigoureuses et des obligations en matière de suivi et de contrôle. «Le Règlement sur la qualité de l’eau potable établit, entre autres, des normes bactériologiques très strictes», précise l’expert en traitement des eaux. L’eau potable doit, par exemple, être exempte d’organismes pathogènes. Une faible quantité de chlore y est donc ajoutée. «Cela est tout à fait indispensable pour réduire les risques de transmission de maladies par l’eau», affirme le spécialiste. Le chlore est d’autant plus important qu’il présente l’avantage de conserver son pouvoir désinfectant lors de la distribution de l’eau potable, ce qui permet d’éviter toute recontamination par les micro-organismes entre l’usine de traitement et le buveur. «Ce règlement établit aussi des normes physico-chimiques pour certaines substances inorganiques et organiques», ajoute le professeur Drogui. En effet, l’eau douce renferme de nombreuses substances inorganiques et organiques (calcium, chrome, fluorure, plomb, etc.) qui proviennent de l’environnement, dont une vingtaine font l’objet de normes de qualité. Par exemple, la concentration maximale acceptable de fluorure dans l’eau potable est de 1,5 mg/L. À part quelques exceptions (par exemple, lors du déversement de diesel dans l’eau qui a eu lieu à Longueuil en janvier), l’eau du robinet est donc bonne à boire au Québec. De plus, elle constitue le choix le plus économique et le plus écologique, car elle est accessible à tous et déjà payée dans le cadre des taxes municipales.

Cela dit, l’eau du robinet n’est pas par- faite… Il importe de savoir que le chlore qu’on ajoute à l’eau potable pour éliminer la présence de micro-organismes peut réagir avec certaines matières organiques et former des trihalométhanes (THM), qui sont reconnus comme cancérigènes. «La concentration maximale acceptable en THM dans l’eau potable est de 0,1 mg/L. Le risque de contracter le cancer, à cette valeur, est donc extrêmement faible», explique m. Drogui. Toutefois, il faut aussi savoir que l’eau du robinet peut renfermer des traces de micropolluants émergents (antibiotiques, hormones, analgésiques, pesticides, etc.) qui échappent pour la plupart au traitement classique des eaux. «Ces polluants d’origine chimique sont connus pour être (ou suspectés d’être) des perturbateurs endocriniens, et peuvent entraîner des phénomènes de féminisation dans la population», mentionne l’expert. Et ces fameux problèmes de féminisation, en quoi consistent-ils exactement? Chez les humains, il s’agit surtout d’une diminution de la qualité et de la quantité du sperme. C’est pourquoi les usines de potabilisation des eaux devront s’adapter et soumettre celles-ci à un traitement plus poussé. Les scientifiques travaillent d’ailleurs actuelle- ment sur des solutions potentielles.

Une question de goût… avant tout?
Selon Patrick Drogui, le choix de l’eau est, pour la majorité des gens, surtout une question de goût. En effet, l’eau du robinet contient du fer et du manganèse qui lui donnent un goût métallique que bien des gens n’apprécient pas. «Ces deux éléments ne posent pas de risques pour la santé aux concentrations normalement présentes dans l’eau potable», assure-t-il. Le chlore, utilisé pour purifier l’eau, peut laisser aussi un goût qui déplaît à certaines personnes. «La bonne nouvelle, c’est que le goût désagréable de l’eau du robinet peut facilement être atténué en la laissant reposer la nuit au réfrigérateur ou en lui faisant subir un traitement de filtration au charbon actif avant de la consommer», conclut-il.

L’eau embouteillée
Au Québec, les ventes d’eau embouteillée ont connu une hausse vertigineuse au cours des dernières années. En effet, certains la trouvent plus pratique. D’autres préfèrent son goût à celui de l’eau du robinet. D’autres encore croient qu’elle est plus sécuritaire. Que faut-il en penser? «L’eau en bouteille n’est pas une option parfaite non plus», affirme le professeur Drogui. Premièrement, il faut savoir qu’il existe trois types d’eau embouteillée: l’eau de source, l’eau minérale et l’eau traitée. «Ces dernières se différencient l’une de l’autre par leur provenance ou leur contenu en sels minéraux, ou encore par les exigences réglementaires et les obligations de contrôle qui y sont associées», explique le spécialiste. L’eau de source et l’eau minérale sont des eaux embouteillées qui proviennent d’une source souterraine qui ne fait pas partie d’un réseau de distribution publique et qui sont propres à la consommation humaine à leur point d’origine. «Ces eaux ne contiennent pas de chlore, mais on leur ajoute souvent de l’ozone durant le processus d’embouteillage afin de donner un meilleur goût au produit», précise M. Drogui. L’eau traitée est, quant à elle, de l’eau qui provient du réseau d’eau potable ou d’une source de surface (lac, rivière), et qui a été traitée avant d’être embouteillée. Par exemple, les bouteilles d’eau vendues sous deux des marques les plus populaires au Québec (soit Aquafina et Dasani) contiennent en fait de l’eau de robinet municipale…

Une législation claire
Deuxièmement, il faut savoir que l’eau embouteillée, au Canada, est considérée comme un produit alimentaire. Elle est régie par la Loi sur les aliments et drogues, qui contrôle sa qualité microbiologique, sa composition ainsi que les conditions d’embouteillage, d’entreposage et de distribution. «Cette réglementation ne garantit toutefois pas la pureté de l’eau en bouteille ni qu’elle est plus sûre que l’eau du robinet», nuance le professeur Drogui. Troisièmement, il faut savoir que l’eau embouteillée coûte 2000 fois plus cher que l’eau du robinet. Enfin, l’utilisation d’eau embouteillée nuit grandement à l’environnement; il faut beaucoup d’énergie pour produire les milliards de bouteilles en plastique faites à partir de matières non renouvelables telles que le pétrole brut, le gaz et le charbon. La livraison d’eau en bouteille demande encore plus de carburant que la livraison d’eau du robinet. De plus, l’élimination des bouteilles est problématique, puisque environ 7 sur 10 aboutissent dans une pou- belle. Or, les bouteilles en plastique peuvent mettre jusqu’à 1000 ans à se biodégrader… D’ailleurs, les conséquences environnementales liées aux bouteilles d’eau incitent de plus en plus de municipalités canadiennes à les proscrire.

L’eau filtrée
Ces dernières années, les ventes de systèmes de filtration ont progressé de façon importante. Sur le marché, il existe une multitude de choix qui vont des petites carafes d’eau filtrantes qu’on met au frigo (de type Brita, par exemple) aux systèmes qui purifient toute l’eau de la maison, en passant par les filtres d’eau personnels (de type Alter Ego, d’Aquaovo, par exemple). Mais ces systèmes sont-ils vraiment utiles? «Ces systèmes de filtration peuvent effectivement améliorer certains aspects de l’eau du robinet, comme son odeur, son goût et son apparence», soutient M. Drogui. En effet, ils ont notamment la capacité d’éliminer certains métaux et minéraux. «Le charbon actif présent dans ces systèmes de filtration aide également à éliminer le chlore et ses sous-produits, et peut même contribuer à réduire les micropolluants émergents susceptibles de se retrouver dans l’eau du robinet», poursuit l’expert. Cependant, la majorité de ces filtres à eau n’éliminent pas les micro-organismes tels que les bactéries et les virus (sauf certains modèles certifiés), et aucun système de filtration n’arrive à lui seul à faire disparaître tous les types de substances présentes dans l’eau. «Il n’y a pas de système parfait», assure M. Drogui. Comme de nombreux systèmes de filtration sont offerts sur le marché et que chacun possède ses avantages et ses inconvénients, mieux vaut s’informer afin de déterminer quel dispositif convient le mieux à nos besoins. Enfin, si on utilise un système de filtration (en pichet, sur le robinet, sous l’évier, etc.), il est primordial de l’entretenir et de changer le filtre conformément aux consignes du fabricant pour limiter la prolifération bactérienne et éviter le débordement des contaminants quand le filtre est saturé.

Source: http://www.moietcie.ca/