franche

Doit-on dire à son patron que sa façon de faire nous déplaît ou annoncer à ses collègues qu’on cherche un autre emploi? Pas évident, mais une chose est sûre, s’exprimer franchement au travail comporte des risques…

Selon certains spécialistes des relations de travail, parler est très important, car tout garder en soi peut générer de la souffrance. Ils avancent même que le fait de ne pas dire les choses est une façon de retourner l’agressivité contre soi et que, si on est incapable de s’exprimer, c’est parce qu’on a peur du regard des autres. Toutefois, d’autres experts affirment que le discernement est de mise: on ne doit pas dire la même chose à tout le monde, et surtout pas de la même façon.

Les reproches les plus courants

Au travail, il y a parfois des sujets un peu délicats qu’on voudrait aborder par souci de transparence, mais sans compromettre sa réputation. Voici les conseils de Valérie Rocoplan, une experte en coaching d’entreprise et auteure du livre Oser être la chef (Éditions Leduc.s, 2009):

1. « Mon patron m’énerve! »

Pourquoi veut-on le dire? D’abord, pour se soulager un peu. Ensuite, pour en discuter avec d’autres et confirmer qu’on n’est pas la seule à le penser. Peut-être aussi pour faire bouger les choses.
Pourquoi est-ce risqué? Une critique faite à l’insu du patron est difficilement constructive. De plus, les propos qu’on tient risquent d’être rapportés, transformés, amplifiés… et de nous nuire sérieusement.
Comment procéder? Si le reproche est d’ordre personnel (si on critique ses manières, son ton arrogant, etc.), il est préférable de le garder pour soi. Si les remarques concernent ses méthodes ou l’organisation du travail, on se concentre sur les aspects de son comportement qui ont des répercussions négatives sur le travail qu’on fait. On garde à l’esprit la capacité de faire des suggestions sans l’agresser (comme «Je pense que je pourrais fournir un meilleur travail si…») et énumérer les solutions concrètes auxquelles on a pensé.

2. « J’ai reçu une augmentation de salaire! »

Pourquoi veut-on le dire? On sent le besoin de tout raconter à ses collègues les plus proches… et on est fière de soi!
Pourquoi est-ce risqué? Les collègues ont beau être contents, il se peut aussi qu’ils soient envieux, voire jaloux, surtout s’ils attendent une augmentation!
Comment procéder? On se demande quel intérêt on a vraiment à parler de cette augmentation. Si c’est seulement parce qu’on est fière de soi et qu’on veut être félicitée, il suffit d’appeler son conjoint, sa meilleure amie ou sa mère. Il faut aussi réfléchir à la «culture» de l’entreprise et à son rapport à l’argent: la transparence est de mise dans certaines compagnies. Dans d’autres, cette question est encore taboue. Si c’est le cas, on s’assure d’abord que l’augmentation reçue est conforme à l’échelle salariale. Si elle va au-delà, on garde ce chiffre secret! Sinon, on en parle, mais seulement si on nous pose la question.

3. « Je cherche un autre emploi »

Pourquoi veut-on le dire? On aurait envie que ça arrive aux oreilles du patron, car on pense que ça pourrait le faire réfléchir (à nous donner une promotion, entre autres). Et on voudrait le dire à ses collègues, soit parce qu’on est «amis», soit parce qu’on ne veut pas les laisser en plan subitement.
Pourquoi est-ce risqué? En évoquant son départ éventuel, on trahit son «désintérêt» potentiel pour l’entreprise et son manque d’implication probable.
Comment procéder? La consigne est simple: pas un traître mot sur ses projets de départ avant d’avoir trouvé du travail ailleurs! Si aucune occasion ne se présente, on perdrait en crédibilité tout ce qu’on espérait gagner en loyauté. Il faut aussi savoir qu’il est quasiment impossible de recréer des liens solides et de regagner la confiance de son équipe si on décide de rester après avoir évoqué la possibilité de partir.

Trucs pour avoir la bonne approche

  • Dire les choses avec beaucoup d’élégance et de respect au moment de parler: on expose ses sentiments sans critiquer l’autre.
  • Se soucier de la façon dont la personne visée peut percevoir l’intervention qu’on fait, et tenir compte de sa personnalité et de sa sensibilité.
  • Commencer par dire les choses les plus faciles à entendre avant de s’attaquer aux problèmes plus sérieux. Par exemple, on tâte le terrain en lançant: «Il y a quelque chose qui me gêne. C’est mon problème, mais je préfère t’en parler, parce que ça te concerne aussi et que ça me dérange.» Cette introduction permet d’expliquer à son interlocuteur qu’on ne le blâme pas, mais qu’on tente d’améliorer la situation.
  • Trouver le bon mode relationnel. Si on n’arrive pas à se faire entendre, on doit se demander si on a vraiment besoin de dire tout ce qu’on pense à l’autre. Quand la communication n’est pas bonne entre les gens, les échanges peuvent être limités, sans nécessairement être rompus.

Source: http://www.moietcie.ca/