dep

S’il est une maladie qui demeure mal comprise encore aujourd’hui, c’est bien la dépression, et les gens qui en souffrent font face à des tas de préjugés et de fausses croyances. Pourtant, ce trouble de l’humeur peut toucher n’importe qui et il faut le prendre très au sérieux…

Après des mois de stress intense au travail, Catherine s’est levée un matin… et elle a été incapable de continuer. «C’est comme si quelqu’un avait fait sauter mes fusibles pendant la nuit, raconte-t-elle. Je me suis réveillée et j’ai eu l’impression qu’une tonne de briques m’était tombée dessus.» Ce matin-là, elle n’a même pas été en mesure de se faire un café. «Je me suis écrasée dans un sofa en petite boule et j’ai pleuré pendant des heures», se rappelle-t-elle. Les mois qui ont suivi ont été un véritable enfer pour elle. Habituée à vivre à cent milles à l’heure, elle n’était plus que l’ombre d’elle-même… «J’avais le goût de rien et tout m’apparaissait comme une montagne insurmontable», précise-t-elle. Des gestes simples, comme se laver, s’habiller et préparer le repas étaient devenus extrêmement difficiles à accomplir. «Je n’avais tout simplement pas d’énergie; je devais faire deux ou trois siestes dans la journée pour fonctionner un minimum.» Comme bien des gens, jamais Catherine n’avait pensé que la dépression pouvait la toucher. «Je pensais que j’étais infaillible et que cela n’arrivait qu’aux autres!» Bien que son état se soit graduellement amélioré au fil du temps grâce, notamment, aux antidépresseurs, il lui a fallu trois ans pour s’en sortir.

Combattre les préjugés

Malheureusement, la dépression est parfois perçue comme une faiblesse de caractère ou un manque de volonté. «Comme c’est une maladie un peu abstraite, c’est difficile pour les gens de faire preuve d’empathie», explique la psychologue Stéphanie Léonard. Le fait que la maladie ne se voit pas (la personne n’a pas un bras dans le plâtre) la rend beaucoup plus difficile à comprendre et surtout, à croire pour bien des gens. Pour combattre les préjugés, la Dre Léonard recommande d’en parler davantage. «Il y a un gros travail d’éducation et de démystification à faire», assure-t-elle. Cela est d’autant plus important que la dépression est une maladie grave qui entraîne un état de profonde détresse qui peut durer pendant plusieurs semaines, mois ou années si elle n’est pas traitée correctement. Elle peut provoquer une grande souffrance, diminuer la qualité de vie, altérer la vie personnelle, professionnelle et familiale de la personne concernée, et même parfois conduire au suicide.

Une véritable maladie

«La dépression majeure — qui est le terme exact — est un véritable trouble médical qui affecte la chimie du cerveau», affirme le Dr Gustavo Turecki, chef du programme des troubles dépressifs à l’Institut de santé mentale Douglas de Montréal. Bien qu’elle ne soit pas encore bien comprise, on sait aujourd’hui que la dépression est la conséquence d’un dysfonctionnement du cerveau. «On sait que l’équilibre de certains neurotransmetteurs du cerveau est perturbé», raconte le Dr Turecki. Cependant, l’origine de cette perturbation est mal connue. «La dépression est une maladie complexe dont l’origine est multifactorielle», indique le psychiatre. En effet, celle-ci résulte souvent d’un ensemble de facteurs qui, combinés, entraînent l’apparition des symptômes. Par exemple, on sait maintenant que certains facteurs génétiques jouent un rôle dans la naissance de ce déséquilibre chimique dans le cerveau, car les gens ayant des antécédents familiaux de dépression sont plus susceptibles d’en souffrir. Les événements stressants de la vie, comme le décès d’un être cher, un divorce ou une perte d’emploi, peuvent également favoriser ce déséquilibre chimique à l’origine de la dépression. La prise de certains médicaments, l’abus de drogues ou d’alcool et diverses maladies peuvent aussi perturber l’équilibre des neurotransmetteurs et mener à la dépression.

Comment en venir à bout?

«La dépression est une maladie qu’on peut soigner», affirme le Dr Turecki. Toutefois, pour cela, il faut consulter! «Les gens ont tendance à penser qu’ils peuvent s’en sortir seuls, mais il est très rare qu’on se sorte d’une dépression par soi-même. Le plus souvent, on a besoin d’aide et de suivi», poursuit la Dre Léonard. Dans la majorité des cas, un traitement comprenant la prise d’antidépresseurs, la psychothérapie ou une combinaison des deux s’avère très efficace. «Le traitement aide la personne à améliorer son état plus rapidement, en plus de limiter les conséquences et les rechutes», explique le Dr Turecki. Quelques précisions concernant les deux types de traitements sont toutefois nécessaires:

Les antidépresseurs
Ils sont particulièrement indiqués pour les dépressions dites «modérées à sévères». Ils régularisent le niveau des neurotransmetteurs dans le cerveau et aident à retrouver rapidement — entre deux et trois semaines, habituellement — le sommeil, l’appétit, l’énergie, la capacité à éprouver du plaisir et le positivisme. «Parfois, il faut essayer plusieurs antidépresseurs avant de trouver celui qui nous convient», indique le Dr Turecki. Si les résultats ne sont pas satisfaisants, des combinaisons d’antidépresseurs ou l’ajout d’autres médicaments, tels que les stabilisateurs de l’humeur et les hormones, peuvent optimiser le traitement. «Du point de vue pharmacologique, les antidépresseurs ne créent aucune dépendance», assure le Dr Turecki. On ne doit donc pas craindre d’en devenir dépendant. Comme une personne diabétique qui a besoin d’insuline, l’individu qui souffre d’une dépression sévère a besoin d’antidépresseurs pour rétablir l’équilibre chimique de son cerveau. D’ailleurs, les personnes qui arrêtent prématurément leur médication font souvent une rechute après quelques mois.

La psycothérapie
Elle est recommandée autant pour les dépressions légères que pour les dépressions sévères. «Elle est d’ailleurs souvent associée à la pharmacothérapie, car elle permet de travailler les aspects psychologiques et sociaux souvent reliés à l’épisode dépressif», raconte la Dre Léonard. Comme la dépression a souvent des répercussions dans tous les domaines de la vie de la personne, la psychothérapie peut vraiment être utile. «Par exemple, on donne des outils au patient pour affronter les moments plus difficiles afin de prévenir une rechute», poursuit la psychologue. Plusieurs types de psychothérapie sont possibles, mais deux d’entre elles se sont avérées particulièrement efficaces pour le traitement de la dépression: la thérapie cognitivo-comportementale et la thérapie interpersonnelle.

Dépressive, moi?

Les symptômes de la dépression sont à la fois d’ordre émotionnel, physique et cognitif. Voici les principaux symptômes qui permettent de la diagnostiquer:
Humeur dépressive présente presque toute la journée, presque tous les jours et ce, pendant au moins deux semaines;
Perte du plaisir et de l’intérêt pour presque toutes les activités (professionnelles, sociales ou familiales);
Troubles du sommeil (insomnie ou hypersomnie);
Troubles de l’appétit avec perte ou gain de poids;
Perte d’énergie et fatigue persistante;
Agitation ou ralentissement psychomoteur;
Baisse de la concentration ou de l’aptitude à penser et à prendre une décision;
Distorsions de la pensée entraînant des sentiments de culpabilité ou l’impression de ne rien valoir;
Sensibilité émotionnelle excessive (pleurer sans raison apparente);
Pensées de mort ou idées suicidaires récurrentes.
Si on se reconnaît dans plusieurs de ces symptômes, c’est qu’on souffre peut-être de dépression. On n’hésite donc pas à se soigner. «Comme cette maladie peut devenir chronique, il est important de consulter le plus rapidement possible», explique le Dr Turecki. «Plus on tarde à le faire, plus la dépression risque d’être grave et plus le traitement sera difficile», renchérit la Dre Léonard.

D’autres types de dépressions?

La dysthymie. Elle se caractérise par des symptômes dépressifs moins sévères que la dépression majeure, mais chroniques (deux ans et plus).
La dépression post-partum. Elle survient autour de la 3e semaine après l’accouchement et peut durer quelques mois.
La dépression saisonnière. Elle apparaît toujours à la même période de l’année (le plus souvent à l’automne ou à l’hiver).
La dépression psychotique. Un type de dépression associé à la présence d’idées psychotiques (perte de contact avec la réalité).

Vivre avec une personne qui en souffre

Lorsque son conjoint est devenu dépressif, Josée s’est sentie dépassée par la situation. «À l’époque, je ne savais pas quoi faire pour l’aider, se rappelle-t-elle. Je me sentais désespérée, mais aussi frustrée», explique-t-elle. Elle ne savait pas non plus si elle devait en parler à ses enfants ou non. En effet, si la dépression affecte considérablement la vie de la personne qui en souffre, il ne faut pas oublier qu’elle a aussi un impact sur l’entourage. Ainsi, pour mieux y faire face, la Dre Léonard recommande de bien s’informer sur la maladie. «Il faut s’éduquer pour savoir ce qu’on peut faire en tant que proche, affirme la psychologue. De même, il ne faut pas jouer au thérapeute ni essayer de porter tout le poids de l’autre sur nos épaules. Les gens pensent souvent que, parce que la personne est déprimée, ils ne peuvent pas lui dire non. Mais il est important de mettre des limites si on ne veut pas sombrer avec elle.» À la question: «Faut-il le dire aux enfants?», la Dre Léonard répond qu’il faut prendre en compte leur âge ainsi que la façon dont ils vont probablement réagir. «Si l’enfant est trop jeune pour s’en rendre compte, il est inutile de l’inquiéter avec cela.» En revanche, s’il pose des questions concernant la dépression du parent, il faut lui répondre. «Il faut alors lui expliquer la situation dans un langage correspondant à ses capacités cognitives, recommande la Dre Léonard. Il faut lui dire que ce n’est pas de sa faute et qu’on s’occupe de la situation.»

Source: http://www.moietcie.ca/