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On prête plusieurs vertus à la mélatonine, du traitement du décalage horaire au ralentissement du vieillissement, en passant par la lutte contre la dépression et la maladie d’Alzheimer. Est-ce vrai? Voici un dossier pour avoir l’heure juste.

La mélatonine est une hormone particulière. Elle n’est sécrétée que pendant la nuit par l’épiphyse (autrefois appelée la glande pinéale), une petite glande située au centre du cerveau, d’où son surnom d’«hormone du sommeil». Cette hormone sert à synchroniser les rythmes circadiens (jour/nuit). Autrement dit, elle informe le cerveau qu’il fait nuit et que c’est le moment de dormir.Depuis quelques années, on trouve de la mélatonine synthétique en pharmacie et dans d’autres commerces. Il y a un engouement important pour cette substance qui soulève bien des espoirs.
De l’éradication du cancer à la jeunesse éternelle, en passant par la lutte contre la dépression et la maladie d’Alzheimer, la mélatonine aurait de nombreuses vertus. Selon le pharmacien Jean-Yves Dionne, expert en produits naturels, cette réputation d’hormone miracle est surfaite. «La mélatonine n’est pas la panacée!» Cette réputation repose souvent sur des études préliminaires ou peu rigoureuses. Cela dit, quelques-unes des propriétés de ce produit sont vraiment établies. «La mélatonine est une substance intéressante dans certains cas.»

Contrer le décalage horaire

Les effets de la mélatonine sur le décalage horaire sont bien documentés. «Plusieurs études cliniques confirment que cette hormone peut aider à prévenir ou à réduire les effets du décalage horaire», raconte Jean-Yves Dionne. Les résultats de ces études montrent que la prise de mélatonine au moment du coucher le jour de l’arrivée permet de retrouver plus facilement son cycle circadien. Ils indiquent également que plus le lieu d’arrivée se situe dans un fuseau horaire éloigné de celui du départ, plus la mélatonine semble efficace (surtout lorsqu’on voyage vers l’est).

Traiter l’insomnie

La supplémentation en mélatonine peut aussi aider à traiter certaines insomnies. «Des études cliniques ont montré que la prise de mélatonine avant le coucher pouvait soulager certains cas d’insomnies, notamment en facilitant l’endormissement et en améliorant la qualité du sommeil», indique Jean-Yves Dionne. Cette substance serait notamment efficace pour les personnes dont l’horloge biologique est désynchronisée, comme celles qui occupent un emploi le soir ou la nuit ou à horaires rotatifs (jour, soir et nuit), ou encore les non-voyants, car ils ne perçoivent pas l’alternance jour/nuit. «Il faut toutefois savoir que la mélatonine n’est pas la pilule miracle pour retrouver le sommeil perdu, car elle ne fonctionne pas pour tout le monde», précise le pharmacien. Il faut aussi savoir qu’on trouve sur le marché de la mélatonine à libération rapide (ou ordinaire) et de la mélatonine à libération retardée. «On prend la première lorsqu’on a un problème d’endormissement et la seconde lorsqu’on se réveille précocement la nuit.»

Ralentir vieillissement

Certaines études laissent croire que la mélatonine pourrait retarder le processus de vieillissement. Par exemple, des travaux exécutés sur des souris ont montré que les animaux auxquels on administrait des compléments de mélatonine présentaient, après 15 jours, des signes de rajeunissement: fourrure plus brillante, assouplissement du corps, activité motrice plus intense… «C’est une piste très intéressante et logique», assure Jean-Yves Dionne.
Pourquoi? D’une part, parce qu’on sait que la production de mélatonine commence à diminuer dès l’adolescence, et ce, de façon régulière jusqu’à l’âge de 70 ans pour n’être plus que minime par rapport à celle des jeunes. Cela nous amène naturellement à nous interroger sur le rôle que joue cette baisse de production de mélatonine dans le processus de vieillissement. D’autre part, parce qu’on sait que cette hormone est un antioxydant particulièrement puissant. Or, on sait que les oxydations altèrent la cellule et son ADN et contribuent aux effets du vieillissement. «Cela dit, malgré ces éléments favorables, rien ne confirme encore vraiment ses effets antivieillissement chez l’homme.»

Lutter contre la dépression

D’après certaines études, la prise de mélatonine pourrait améliorer l’état des personnes dépressives. Les gens ne souffrant pas de cette maladie connaissent un pic de sécrétion de mélatonine vers trois heures du matin. Chez les dépressifs, ce pic est très érodé, voire carrément inexistant, ce qui explique que la plupart d’entre eux ont un sommeil fortement perturbé.
En améliorant le sommeil, la mélatonine peut avoir un effet positif sur la dépression. Quant à traiter la dépression elle-même, c’est une autre histoire… «Il est possible que la mélatonine ait un certain effet antidépresseur, mais il n’y a rien de concluant sur le sujet», assure Jean-Yves Dionne. Selon d’autres études, la prise de mélatonine pourrait aider les personnes souffrant de dépression saisonnière dont l’horloge physiologique circadienne est influencée par le lever du soleil plus tardif et l’arrivée plus hâtive du crépuscule en hiver. Selon cette hypothèse, le cycle sommeil/éveil est déphasé en raison du manque de lumière durant la journée. «Là encore, rien n’est clairement démontré.»

Stopper les cancers

Certaines études effectuées sur l’animal et chez l’homme ont montré que la mélatonine a des propriétés anticancéreuses. «C’est logique, car la mélatonine est un puissant antioxydant», souligne le pharmacien. Peut-elle inhiber un cancer pour autant? «Il n’y a rien de prouvé à cet effet», précise-t-il. Cela dit, la mélatonine serait intéressante comme traitement adjuvant du cancer. «De nombreuses études cliniques ont montré que, lorsqu’elle est utilisée comme adjuvant à des traitements anticancéreux classiques, la mélatonine augmente le taux de survie.»

Retarder la maladie d’Alzheimer

La mélatonine semble soulager certains symptômes liés à la maladie d’Alzheimer, comme les troubles du cycle éveil/sommeil, la dépression, l’anxiété et l’agitation. «Bien que les raisons de l’apparition de ces symptômes ne soient pas encore très claires, un certain nombre de chercheurs pensent que cela pourrait être lié à un déclin des niveaux de mélatonine.» D’autres croient que les effets antioxydants de la mélatonine pourraient protéger les neurones contre les radicaux libres. «Cependant, il n’y a aucune preuve concluante que la mélatonine a un effet significatif sur les facultés cognitives et qu’elle ralentit la progression de la maladie», conclut le pharmacien.

Source: http://www.moietcie.ca/