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Alors que le vépéciste dévoile ses collaborations de l’automne dont le vestiaire rétrofuturist de Wanda Nylon, le label parisien qui monte, retour sur près de cinquante ans d’histoire avec la création hexagonale.

Dans chaque salon français, depuis aussi longtemps que l’on s’en souvienne, le catalogue de La Redoute et ses quelque mille pages ont rythmé la vie de la famille, et ce durant quatre-vingt-six ans. Ne vous rappelez-vous pas, enfant, avoir sélectionné dès le mois d’août les cadeaux du Noël suivant ? Et, un peu plus âgé, découvert béatement les tendances de la saison ? Pour beaucoup de trentenaires et de quadragénaires d’aujourd’hui, ce pavé qui débarquait dans la boîte aux lettres deux fois par an a aussi constitué une véritable initiation à la mode, l’opportunité pour les petites bourses et les provinciales d’avoir accès aux créations des designers les plus emblématiques.

En presque cinquante ans, La Redoute a accueilli près d’une centaine de stylistes le temps d’une petite collection. « Notre première invitée fut Emmanuelle Khanh, en 1969, qui avait signé une garde-robe d’hiver comptant des manteaux courts et cintrés, rappelle Sylvette Lepers, directrice du bureau de style mode et responsable des collaborations du catalogue. À cette époque, les pièces de créateurs restaient l’exception, destinées à une certaine frange de la population. L’idée de départ était de créer la surprise et de pouvoir rendre ces couturiers accessibles au plus grand nombre. »

Une liberté de style

Le coup d’essai ne sera pas suivi dans la foulée. Mais au début des années 1990, l’époque est à la création et La Redoute renoue avec ces collaborations. Issey Miyake et sa maille à l’esthétique minimale (1993), Karl Lagerfeld et son maillot de bain rayé (1994), Azzedine Alaïa et sa combinaison élancée (1995), Isabel Marant et ses incursions folk (1999) ou encore Anthony Vaccarello et son vestiaire court vêtu (2011). Depuis dix ans, place a aussi été faite à des labels plus accessibles comme Ba&sh (2006) et Sandro (2006), à des marques de bijoux désirables telles Aurélie Bidermann (2006) ainsi que la jeune garde, Jacquemus (2014) et Cédric Charlier (2014) en tête.

Le coup de maître de La Redoute reste pour beaucoup le smoking griffé Yves Saint Laurent, en 1996. « Nous en avions édité 5000 mais l’engouement a été tel que nous avons dû relancer la production. Au final, il s’en est écoulé 15.000 exemplaires. Il était tout de même proposé à 2000 francs, une certaine somme, ajoute Sylvette Lepers. Le moteur de l’entreprise reste la création française, dont nous voulons être une vitrine. 85 % des collections sont créées en France, cet héritage culturel nous est cher. »

En 1995, alors toute jeune créatrice, Véronique Leroy est invitée par le catalogue : « Je trouvais très moderne de leur part qu’ils s’adressent à moi, inconnue du grand public. Soudain, mon nom a circulé et cela m’a permis de toucher une audience qui m’était alors inaccessible. J’avais imaginé un jean avec des surpiqûres dorées et des chemises en satin, alors que nous étions en pleine période minimaliste. Ils m’avaient laissé une totale liberté, ce qui était un sacré pari. » Bien que le vépéciste implanté à Roubaix ait supprimé son support historique en 2014 pour mieux coller aux rythmes des collections (et édite désormais huit petits catalogues par an), ces associations continuent de séduire les clientes comme les stylistes.

La croissance en marche

Johanna Senyk, directrice artistique et fondatrice de la marque qui monte Wanda Nylon (finaliste du prix de l’Andam 2016) et invitée de l’automne-hiver, ne dit pas autre chose : « J’ai grandi à Tours, et mon seul accès à la mode pure et dure était le catalogue de La Redoute, que j’attendais chaque saison avec impatience. C’était, pour moi, une démocratisation de la mode, gommant les frontières entre Paris et la province, entre les riches et les moins argentés. Signer une collection pour eux était un rêve d’enfant. C’est moi qui les ai démarchés, ils ont dû me prendre pour une illuminée mais ils m’ont suivie en m’offrant une totale indépendance, jusque dans le choix des matières. » La styliste dévoile ce lundi 20 juin, sur le site de la marque, une miniligne, avec en guest star le trench en vinyle transparent qui a fait sa réputation de Paris à New York. À ses côtés, six autres capsules signées par de nouvelles pousses dont Inès Olympe Mercadal et Coralie Marabelle, qui ont reçu comme unique consigne de réinterpréter la silhouette d’une femme française.

Cédé à ses dirigeants, Nathalie Balla et Éric Courteille, par le groupe Kering en 2014, le vépéciste fondé en 1837 s’est fait surprendre par le virage Internet des années 2000 et la concurrence des sites d’e-commerces de mode, de plus en plus nombreux. Pourtant, comme l’explique Laurent Raoul, professeur en systèmes d’information à l’Institut français de la mode, « ils ont été les pionniers et ont pavé le chemin pour les Asos et autres Zalando en termes de logistique. Dès 1984, La Redoute a utilisé le Minitel, puis, en 1994, Internet. Plus qu’un simple catalogue, elle reprenait déjà les codes d’un magazine de mode bien avant que les sites comme Net-A-Porter éditent le leur. C’est une belle histoire d’entreprise inscrite dans le patrimoine français, au même titre que la Fnac ou Darty. Cela touche le cœur du pays. Elle a été de tous les combats et en a gagné beaucoup. »

« Malgré un environnement social difficile, La Redoute se porte mieux, le premier semestre 2016 est en croissance », affirme son PDG, Nathalie Balla. D’ailleurs, un nouveau centre de logistique devrait voir le jour à la rentrée, ouvert sept jours sur sept afin de traiter plus rapidement les commandes. Aujourd’hui huitième du top 30 des enseignes d’habillement françaises sur Internet (selon une étude menée par l’IFM), la dame du Nord continue d’écrire son histoire.

Les collections phares des créateurs pour La Redoute

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Source: http://madame.lefigaro.fr/