On imagine l’acidité rongeant notre estomac. A tort. Elle favorise une bonne digestion et protège l’organisme de bien des maux, sauf en cas de déréglement ou de pression comme le stress.

L’estomac est un drôle d’organe: tous les jours, cette poche de guingois produit quelque 1,5 litre d’acide chlorhydrique très concentré, de quoi maintenir un pH (mesure de l’acidité, plus un pH est faible plus une solution est acide) entre 1 et 3. Alors même que, dans l’œsophage ou l’eau du robinet, le pH est neutre de l’ordre de 7. Pourquoi s’inflige-t-il un tel traitement? «La nature est bien faite, explique David Séguy, gastro-entérologue au CHU de Lille et professeur de nutrition. Cette acidité élimine une grande partie des agents infectieux que l’on ingère avec les aliments, sans pour autant attaquer les cellules de l’estomac lui-même, car ces dernières fabriquent également un mucus qui les protège.» Une acidité donc indispensable à la digestion: elle décompose les aliments tout en stimulant l’activité des enzymes digestives.

Mais les inflammations de l’estomac ou gastrites ne seraient-elles pas dues à un excès de zèle des cellules productrices d’acide? «C’est ce que pensent de très nombreux patients, explique le Pr Séguy, mais en réalité l’hypersécrétion chronique d’acide est très rare. Elle provient en général d’une tumeur qui dérègle la production de gastrine, une hormone stimulant la fabrication d’acide par l’estomac. Certes, le stress et le tabac peuvent augmenter les sécrétions acides tandis que l’âge ou l’alcool rendent l’estomac plus sensible à cette acidité, mais la plupart des douleurs gastriques ne doivent rien à l’hyperacidité.» Les gastrites sont plutôt secondaires à une infection chronique par la bactérie Helicobacter pylori, qui favorise la survenue d’ulcères. Elles sont également favorisées par l’utilisation de corticoïdes ou d’anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) comme l’ibuprofène. L’acidité peut toutefois poser problème lorsque la muqueuse de l’estomac, endommagée par un ulcère, n’est plus protégée par son mucus.

Médicaments miracles

«De la même manière, les brûlures du bas de l’œsophage, juste au-dessus de l’estomac, ne sont pas dues à une hyperproduction d’acide gastrique, précise le Pr Séguy, il s’agit en général d’un problème de “plomberie”, plus précisément d’un défaut d’étanchéité de l’anneau musculaire situé à la jonction entre ces deux organes. Normalement, cette valve protectrice s’ouvre uniquement pour laisser descendre la nourriture mais quand elle dysfonctionne, le contenu acide de l’estomac reflue dans l’œsophage. C’est le reflux gastro-œsophagien (RGO). Inondé alors d’acide auquel il n’est pas adapté, l’œsophage s’enflamme et devient douloureux. Il n’y a pas trop d’acidité gastrique, mais une acidité mal placée.»

Bref, en cas d’ulcères ou de RGO, l’acidité normale, physiologique, devient problématique car le tube digestif a été fragilisé au préalable. Par chance, une classe de médicaments miracles a été inventée dans les années 1990, les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP). «L’oméprazole et consorts réduisent la production d’acide gastrique avec une efficacité remarquable, explique le Pr Séguy, mais ils sont à utiliser sous strict contrôle médical. Il arrive, par exemple, que leur consommation trop prolongée remplace un reflux acide par un reflux alcalin (soit le contraire de l’acidité) en provenance de l’intestin. Or ce dernier s’avère tout aussi, sinon plus, agressif que le reflux acide.» L’ennemi n’est pas toujours celui qu’on imagine.

Source: http://sante.lefigaro.fr