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Contrairement aux idées reçues, l’anorexie et la boulimie n’affectent pas uniquement des jeunes femmes en quête d’un certain idéal physique. En fait, personne n’est à l’abri! Pour intervenir promptement, il importe d’en savoir davantage sur ces troubles.

VéroniKaH, 48 ans, connaît bien l’enfer de l’anorexie. Depuis l’adolescence, cette artiste peintre lutte contre ce trouble alimentaire. Dans son cas, la maladie a persisté à l’âge adulte et elle est devenue chronique. Pour aider les femmes souffrant d’anorexie et les empêcher de sombrer dans la spirale de la chronicité, VéroniKaH a écrit le livre Ce qui ne tue pas rend plus fort. «Je veux leur éviter de faire les mêmes erreurs que moi», affirme-t-elle. Impressionnée par le combat que livre depuis des années VéroniKaH, l’actrice Mireille Deyglun a accepté d’en signer la préface. Pour avoir elle-même souffert de boulimie à différentes périodes de sa vie, elle comprend très bien le cauchemar de VéroniKaH. Leurs histoires démontrent clairement que l’anorexie et la boulimie ne sont pas des désordres propres aux adolescentes, puisque leur trouble alimentaire a continué à l’âge adulte. De fait, selon le Dr Howard Steiger, chef du Programme des troubles de l’alimentation à l’Institut Douglas, la majorité des personnes atteintes d’un désordre alimentaire sont des adultes. «Certaines le développent à l’adolescence, d’autres à l’âge adulte», assure le psychologue.

Des désordres semblables
Comme toutes les personnes atteintes d’anorexie, VéroniKaH craint terriblement de prendre du poids et elle utilise toutes les méthodes pour maintenir un poids extrêmement bas. Depuis des années, elle ne mange presque pas, fait plusieurs heures d’activité physique par jour et avale des laxatifs en grande quantité pour purger le plus possible son système digestif. En 2000, au plus creux de sa déchéance, VéroniKaH ne pesait pas plus de 79 lb! «J’ai dû être hospitalisée pendant près de cinq mois», raconte-t-elle.
La boulimie, dont a souffert Mireille, est un trouble alimentaire très semblable à l’anorexie. «Les gens atteints de boulimie craignent eux aussi d’engraisser et de perdre le contrôle de leur poids s’ils s’alimentent normalement», explique le Dr Steiger. Ce trouble se caractérise toutefois par des périodes d’excès alimentaires suivies de comportements compensatoires pour éviter le gain de poids, tels que les vomissements provoqués, l’abus de laxatifs, l’exercice excessif et le jeûne. «Durant mes épisodes boulimiques, je pouvais passer cinq heures par jour dans un gym», se souvient Mireille.

Des véritables maladies
«L’anorexie et la boulimie ne sont pas de simples caprices, mais de vrais troubles mentaux», insiste le Dr Steiger. Les femmes qui souffrent d’un désordre alimentaire deviennent obsédées par leur poids ainsi que par la nourriture qu’elles mangent. «Elles changent leurs habitudes alimentaires et adoptent des façons anormales de se nourrir», ajoute le psychologue. «Ce n’est pas pour être belles et avoir la taille d’un mannequin que les personnes anorexiques ou boulimiques désirent la minceur, mais parce qu’elles sont profondément malheureuses», souligne VéroniKaH. Ces troubles alimentaires sont en quelque sorte un cri de désespoir, un appel à l’aide. «Mes épisodes de boulimie survenaient lorsque je vivais un bouleversement important dans ma vie», indique Mireille. Pour elle, c’était une façon d’apaiser sa peine, d’avoir un peu de réconfort. «Les femmes souffrant d’un trouble de l’alimentation n’ont pas à avoir honte», affirme le Dr Steiger. L’anorexie et la boulimie ne se développent pas à cause d’un manque de volonté ou de force de caractère. «Les recherches montrent que ces troubles sont causés par une combinaison de facteurs biologiques, psychologiques, sociaux et environnementaux», explique-t-il. Par exemple, on sait aujourd’hui que leur composante héréditaire est très importante. «Les personnes qui montrent cette susceptibilité génétique courent un plus grand risque de devenir anorexique ou boulimique lorsqu’elles sont exposées à certains déclencheurs, comme un stress important ou un régime alimentaire», poursuit l’expert.

Déni et clandestinité
Les personnes souffrant d’un trouble de l’alimentation peuvent avoir de la difficulté à admettre leur problème. Certaines d’entre elles vont ainsi tenter, par tous les moyens, de cacher leur état. Pendant des années, VéroniKaH a utilisé tout un arsenal d’astuces pour perdre davantage de poids sans attirer l’attention de son entourage: «À un moment donné, je prenais jusqu’à 25 laxatifs par jour». Nombre d’anorexiques et de boulimiques vivent ainsi, comme VéroniKaH, dans la clandestinité. «La personne devient experte à couvrir les traces de son trouble», explique le Dr Steiger. Elle peut ainsi réussir à garder un comportement clandestin pendant des décennies. Cela est même plus facile pour les personnes atteintes de boulimie, parce que leur désordre alimentaire est moins visible en apparence. Contrairement à l’anorexie, la boulimie n’entraîne pas une perte de poids importante. Les boulimiques ont même souvent un poids normal. Par ailleurs, l’anorexie doublée de boulimie peut être trompeuse. «J’ai continué de souffrir d’anorexie pendant des années tout en ayant retrouvé une apparence physique presque normale», raconte VéroniKaH, qui a aussi connu une période de boulimie.

Des troubles qui se soignent
L’anorexie et la boulimie sont des maladies graves qui peuvent entraîner de sérieux problèmes de santé et même être mortelles. «Le taux de décès liés à l’anorexie est l’un des plus élevés en psychiatrie», indique le Dr Steiger. Au moins 5 % des personnes qui en sont atteintes vont éventuellement en mourir. La bonne nouvelle: ces désordres alimentaires sont soignables. «Avec un traitement approprié, plusieurs d’entre elles peuvent guérir complètement», assure le psychologue. Cela est d’autant plus vrai lorsque la maladie est traitée dès ses débuts. Le traitement le plus efficace consiste en une approche multidisciplinaire, incluant entre autres des conseils nutritionnels et des psychothérapies (individuelle, de groupe et familiale). «Personne ne devrait mourir d’un trouble de l’alimentation. Il faut aller chercher de l’aide», insiste-t-il.
C’est d’ailleurs ce qu’a fait Mireille le jour où elle n’est plus arrivée à contrôler ce qu’elle mangeait: «J’étais dépassée par ce que je vivais et je voyais bien que je ne m’en sortirais pas seule». Pour elle, l’expérience de la thérapie de groupe s’est avérée salutaire. «Durant ma thérapie, j’ai eu un déclic et, du jour au lendemain, mes épisodes de boulimie ont cessé», assure-t-elle. Quant à VéroniKaH, elle a aujourd’hui accepté l’idée qu’elle ne guérira jamais. «Je fais partie du faible pourcentage d’anorexiques qui le demeurent toute leur vie.» VéroniKaH ne s’apitoie pas sur son sort pour autant. Elle continue à lutter chaque jour contre cette terrible maladie. «J’ai fait des progrès immenses. La maladie est toujours là, mais je la contrôle mieux et je ne suis plus malheureuse comme avant.» De fait, elle a enfin trouvé le bonheur, grâce à son conjoint, à ses trois garçons et à sa peinture

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