professional-development1

Si vous avez l’impression de ne pas parler la même langue que les autres, lisez ceci. Vous découvrirez que votre intelligence n’est pas en cause, au contraire.
Carlos Tinoco, prof de philo et psychanalyste, vous explique pourquoi. Et franchement, ça fait du bien !

L’intelligence, pour vous, c’est quoi ?
« C’est d’abord un mythe très utile, fondateur de notre société. L’idée que les individus seraient dotés à l’origine, par la nature ou par les miracles de la génétique, d’un certain nombre de facultés, nous permet d’accepter l’inégalité incroyable des modes de vie dans notre société. Ce mythe se construit d’abord à l’école, où l’on classe les élèves entre ceux qui auraient des facilités qui leur permettront d’aller loin et ceux pour lesquels il faut d’emblée fixer des objectifs beaucoup plus modestes. Tout cela engendre beaucoup de souffrance. Du côté de ceux que l’on considère comme «surdoués » comme des autres. »

Ce n’est pas une question de QI, donc ?
« D’un contexte à l’autre, d’une situation à l’autre, la même personne peut être capable de performances très importantes ou alors de sous-performer de manière tout aussi vertigineuse. Un exemple simple : comment se fait-il qu’un prix Nobel de physique ou un très grand mathématicien puisse devenir complètement idiot dès qu’il entre dans une cuisine ? Qu’est-ce qui fait qu’il est incapable de cuire des pâtes ?
Je pense que l’intelligence consiste à poser des questions, à interroger les énoncés. Si l’on s’intéresse aux « surdoués », unanimement reconnus comme très intelligents, on repère un certain nombre de traits communs qui peuvent peut-être permettre de nous interroger sur ce que serait la véritable intelligence. Ce sont des personnes qui ne supportent pas de s’ennuyer. Des gens qui vont vite, parce que leur pensée et leur logique n’empruntent pas les chemins balisés du raisonnement ordinaire. Leur intuition opère des raccourcis. Du coup, ils se sentent souvent isolés, différents des autres. »

L’intelligence émotionnelle, c’est autre chose. Rien ne vous empêche de tester la vôtre…

Peut-on apprendre à réfléchir comme les «surdoués » ?
« Eux ne peuvent pas faire autrement. Pour se déployer, leur pensée doit suivre leur désir. Ils ont besoin de donner du sens au lieu d’appliquer des consignes dont ils ne comprennent pas l’intérêt, qu’ils ressentent comme arbitraires et qui les brident au lieu de les stimuler. Et ils arrivent au résultat attendu sans utiliser les mêmes outils intellectuels que les autres. Evidemment, ça pose question. Réinterroger ce qui est communément admis, dans une société normative comme la nôtre, c’est forcément mettre en péril un ordre social. Il faut suivre la logique communément admise. On a besoin que nos actions aient un sens. Et plus ce sens est fragile – ce qui est vraiment le cas aujourd’hui, parce que la plupart de nos croyances sont, sinon effondrées, du moins sacrément ébranlées -, plus la plupart des individus s’y accrochent parce que c’est ce qui nous protège de l’angoisse. Or, je rappelle qu’une grande part des individus repérés comme des génies ont été notoirement des inadaptés complets aux structures sociales. »

Comment faire alors lorsqu’on n’est pas «adapté » ?
« Il faudrait peut-être commencer à penser autrement. A admettre que ce qui fait sens pour la majorité n’est peut-être qu’une norme que l’on peut réinterroger et remettre en question. Evidemment, c’est un discours subversif, mais cela permet d’éviter la souffrance de celui qui ne se sent pas comme les autres parce que sa pensée est plus intuitive, moins conformiste, plus sensible, en lui redonnant sa place de sujet. »

Source: http://www.femmeactuelle.fr/