Pour des neuroscientifiques britanniques, les adolescents ne vivent pas la dépression de la même façon selon leur sexe. En 2016, le professeur de psychiatrie Michel Lejoyeux abordait déjà ces inégalités dans son livre Tout déprimé est un bien portant qui s’ignore. Nous l’avions interviewé.

Dans Tout déprimé est un bien portant qui s’ignore, le livre de Michel Lejoyeux, professeur de psychiatrie à l’université Denis-Diderot à Paris et chef de service à l’AP-HP et à l’hôpital Maison-Blanche, le constat est sans appel : les hommes et les femmes ne sont pas égaux devant la déprime. Ce mal du siècle semble être une tendance générale et touche toute votre sphère de connaissances : de votre voisin dans l’open-space à votre mère, en passant par cette copine qui râle sans cesse sur les transports en commun bondés à l’heure de pointe ou encore votre banquier, votre chat et peut-être, tout simplement, vous-même.

En s’appuyant sur de nombreuses études scientifiques s’intéressant à la déprime mais aussi à la bonne humeur, le professeur Lejoyeux a écrit un véritable manuel. On y apprend que si les hommes et les femmes ne sont pas égaux devant la déprime, ils ont toutes les clés en main pour réussir à s’en sortir.

Lefigaro.fr/madame.- « Les hommes et les femmes sont inégaux devant la déprime » : qu’entendez-vous par cette affirmation ?
Michel Lejoyeux. – Il s’agit du résultat d’une étude scientifique dans laquelle on a montré à des hommes et des femmes des images fortes et déprimantes. Les conclusions de l’expérience ont montré que les sujets ne répondaient pas de la même manière face à ces clichés : les femmes se sentaient plus émues tandis que les hommes subissaient une augmentation du rythme de leur cœur. Face à la tristesse, les femmes utilisent leur esprit et leurs émotions ; les hommes répondent avec leur corps. Cela veut aussi dire que l’homme va beaucoup plus être à l’écoute de données pour aller mieux sur sa forme physique, et les femmes seront plus accessibles à des conseils concernant la gestion de leurs émotions.

Comment expliquer l’origine de ces différences ?
On a beaucoup de mal à l’expliquer. Il y a peut-être des facteurs culturels avec, par exemple, une plus grande autorisation de l’expression émotionnelle chez la femme. Mais on peut aussi supposer des facteurs hormonaux.

Un des deux sexes est-il plus enclin à la déprime, voire la dépression, que l’autre ?
On a des niveaux de souffrances psychologiques équivalents chez les deux sexes mais ils vont s’exprimer dans des registres différents : les dépressions ou l’anxiété sont plus fréquentes chez la femme, les conduites addictives (alcool, toxicomanie, jeux d’argent) sont plus fréquentes chez l’homme.

Quelles sont les thématiques ou sujets qui ont tendance à plus toucher les femmes que les hommes et vice versa ?
De ma fenêtre de thérapeute, j’ai constaté que la pensée perfectionniste – « Je dois être parfait tout le temps » – et les obsessions alimentaires sont plus fréquentes chez la femme que chez l’homme. Ces dernières sont d’ailleurs plus sensibles aux recommandations alimentaires qui visent à influer sur leur bonne humeur. Chez leurs congénères masculins, ce sont les « faux-amis » qui vont le pousser dans un état de dépression. Combien de patients viennent me voir en me disant qu’ils ont un secret pour être de bonne humeur et détendus tous les soirs : l’alcool. Indiscutablement, cette confiance dans les faux-amis, perçus comme des solutions à la déprime, est bien plus fréquente chez l’homme que chez la femme.

Au regard de toutes ces différences, comment se protéger au mieux des coups de blues ?
On peut entretenir sa bonne forme psychique comme on entretient sa forme physique de trois manières : par son mode de vie, sa manière de penser et sa manière de vivre avec son cerveau. L’activité physique est un déterminant incontournable de la bonne humeur (augmentation des endorphines, les hormones du plaisir, de la sérotonine, antidépresseur naturel, et des facteurs qui font pousser les neurones). Deux heures et demie par semaine suffisent pour entretenir sa positivité. Des études scientifiques ont également permis de déterminer quels aliments pouvaient avoir un effet antidépresseur. Il s’agit d’aliments riches en magnésium tels que le chocolat noir, les cacahuètes, les amandes, l’avocat et les bananes. Une autre étude récente montre que chez 700 étudiants américains, les moins stressés mangeaient au moins trois fois par semaine des cornichons, de la choucroute et du yaourt. J’insiste aussi sur l’importance du lien avec la nature : plus on est confronté à la nature, plus on est heureux.

Les femmes utilisent leur esprit, les hommes répondent avec leur corps

Faites-vous parfois des recommandations spécifiques aux femmes ?
Une recommandation que je leur préconise beaucoup plus est d’enlever le miroir grossissant dans la salle de bain. Cela ne sert à rien d’aller à la recherche de ses petits défauts, tâches ou rides… et c’est aussi symbolique : si vous cherchez dans votre vie tout ce qui a été déprimant et que vous y mettez beaucoup de temps et d’attention, vous allez attaquer votre bonne humeur. Le paracétamol est aussi un péché mignon de certaines dames. Sa consommation régulière met en danger le foie et gomme également les excès de bonne humeur. Ce qu’il faut retenir, c’est que les médicaments ne sont pas toujours une solution et qu’il n’y a pas de fatalité face à la déprime : il y a des aliments, de l’activité physique et une manière de vivre qui fait qu’on s’en éloigne !

11 citations stoïciennes pour être plus heureux

Source: http://madame.lefigaro.fr