Présents dans les boissons sucrées mais aussi dans de nombreux produits transformés, les sucres contribuent à l’épidémie mondiale de diabète.

En 2015, au Canada, la consommation moyenne de boisson sucrée équivalait à une canette par habitant et par jour, et près de deux canettes chez les 9-18 ans, soit 64 grammes de sucre. Le triple de la consommation des enfants français de cet âge.
À ce rythme-là, les chercheurs de l’université de Waterloo (Ontario) ont estimé qu’au cours des vingt-cinq prochaines années, la consommation de boissons sucrées au Canada serait responsable de plus de 63.000 décès, 40.000 accidents vasculaires cérébraux, 100.000 cancers, 300.000 infarctus du myocarde, de 1 million de diabétiques et de 3 millions d’obèses. Une étude de l’Imperial College de Londres, publiée en 2015, évaluait l’impact des boissons sucrées dans le monde à 184.000 morts par an, dont 133.000 à cause du diabète.

«Saviez-vous que dans un cordon-bleu, des chips, des biscottes ou des yaourts aromatisés, il y a beaucoup de sucres ?»

Voilà pourquoi, après s’être attaqués au tabac, au cholestérol puis à l’excès de sel dans notre alimentation, les spécialistes de la santé publique sont désormais en guerre contre le sucre. Pas celui que l’on trouve dans les fruits ou les aliments naturels, non, ce sucre-là est habituellement consommé en trop petite quantité pour inquiéter réellement les nutritionnistes. Celui qui préoccupe les experts du monde entier est plus redoutable, c’est le sucre caché.

Parfois mal caché, dans les boissons sucrées, parfois mieux, dans les plats tout préparés. «Les calories contenues dans les boissons sucrées passent inaperçues car on ne les perçoit pas», explique au Figaro le Pr Éric Renard, chef du service d’endocrinologie, diabète, nutrition au CHU de Montpellier. Mais ce n’est pas le seul piège. «Saviez-vous que dans un cordon-bleu, des chips, des biscottes ou des yaourts aromatisés, il y a beaucoup de sucres?», interroge la nutritionniste Béatrice de Reynal dans Ouvrez l’œil avant d’ouvrir la bouche (Robert Laffont, 2016).

Cet ingrédient «quasi magique» permet d’accroître les ventes

Alors pourquoi le sucre inonde-t-il notre univers nutritionnel, des boissons sucrées aux gâteaux apéritifs salés en passant par les plats tout préparés? Pour nous rendre heureux! Les géants de l’agroalimentaire ont en effet compris depuis longtemps qu’ajouter cet ingrédient «quasi magique» à leurs produits permettait d’accroître les ventes. Ils ont même inventé le terme de «point de félicité» pour qualifier le goût sensoriel optimal d’un mets.
Dans son livre Sucre, sel et matières grasses (Calmann-Lévy, 2014), le journaliste américain Michael Moss raconte comment l’un des consultants vedette de l’agroalimentaire, Howard Moskowitz, a découvert le point de félicité en 1972, en testant différentes compositions destinées à améliorer le goût des rations militaires de l’US Army. «Notre goût pour un aliment augmente en même temps que la quantité de sucre qu’il contient, mais seulement jusqu’à un certain point , explique Moskowitz, ajouter du sucre après ce pic n’était pas seulement du gâchis, ça diminuait l’attrait de l’aliment.»

Selon les repères de consommations alimentaires déterminés par l’Agence de l’alimentation (Anses) pour la population française, il faut «limiter les apports de sucres totaux de la population en deçà de la valeur maximale de 100 g/j». Un Français sur cinq est au-dessus de ce seuil. Un homme sur trois, entre 18 et 34 ans.

«Le sucre n’est pas un macronutriment essentiel. Vous n’avez pas besoin de consommer un seul gramme de sucre alimentaire»

L’accumulation de données est accablante pour le sucre, comme le confirme l’expertise réalisée par l’Anses: «La consommation de sucres au-delà de certaines quantités présente des risques pour la santé par des effets directs sur la prise de poids, l’augmentation de la triglycéridémie et de l’uricémie ainsi que par des effets indirects sur le diabète de type 2 et certains cancers, maladies qui constituent actuellement des enjeux de santé publique majeurs.»

Le rôle du sucre dans l’apparition du diabète a longtemps été nié, comme le fut celui du tabac dans le cancer du poumon. Chercheur à l’institut de cardiologie St Luke de Kansas City, James DiNicolantonio, est l’un des principaux experts américains sur les maladies cardio-vasculaires. Il dénonce dans un livre à paraître en juin prochain les restrictions excessives concernant le sel (The Salt Fix, Penguin Random House, 2017). «Le sucre, d’un autre côté, n’est pas un macronutriment essentiel, explique-t-il au Figaro. En d’autres termes, vous n’avez pas besoin de consommer un seul gramme de sucre alimentaire. Fondamentalement, nous ne devrions pas consommer beaucoup de sucres ajoutés (saccharose ou sucre de table, sirop de maïs à haute teneur en fructose) et viser un objectif de moins de 10 % du total des calories ingérées.»

«Ce n’est pas le sucre qui cause le diabète chez des personnes qui ne sont pas à risque, mais il le révèle chez les personnes prédisposées», conclut le Pr Éric Renard.

Source: http://sante.lefigaro.fr