AVIS D’EXPERT – Les problèmes de manque de place pour les dents dans la mâchoire, de décalages ou encore de caries sont des problèmes spécifiques à l’homme moderne, explique le Dr Jean-Baptiste Kerbrat.

Les orthodontistes constatent une transformation progressive de la forme et de la taille des mâchoires de l’homme moderne. Plusieurs facteurs en sont la cause, dont l’évolution des modes d’alimentation qui, depuis des siècles, se modifient. De la viande crue arrachée à pleines dents à la bouillie douce et savoureuse: retour sur l’incidence significative de l’alimentation dans le développement de la mâchoire.

L’homme de Cro-Magnon possédait une bouche suffisamment grande et développée. Est-ce de manger à pleines mains et de déchiqueter à pleines dents une nourriture crue ou très peu cuite qui renforçait sa mâchoire et ses dents? Impossible de le prouver. Et pourtant, on a constaté que les problèmes de manque de place pour les dents dans la mâchoire, de décalages ou encore de caries étaient des problèmes spécifiques à l’homme moderne, dont les mâchoires se rétrécissent au fil des siècles. Certaines populations ayant conservé des conduites alimentaires plus anciennes, utilisant des nourritures plus simples et surtout moins cuites, donc plus dures, ont encore des mâchoires capables d’accueillir sans problème toutes leurs dents.

Aujourd’hui, nous sommes habitués dès l’enfance à consommer des aliments très cuits, souvent hachés et mixés, mous et onctueux
Aujourd’hui, nous sommes habitués dès l’enfance à consommer des aliments très cuits, souvent hachés et mixés, mous et onctueux. C’est dans les premières années de la vie que les mâchoires se forment en s’étirant et en se modelant suivant ce que nous leur donnons à mastiquer. Les conduites alimentaires jouent sans doute un rôle essentiel dans la prévention bucco-dentaire. Pour essayer d’améliorer la situation, il faut absolument faire plus d’efforts musculaires en favorisant les modes d’alimentation les plus stimulants pour la croissance des mâchoires.
Le développement tridimensionnel des mâchoires au niveau des arcades dentaires est tributaire en large partie des sollicitations fonctionnelles. Parmi ces fonctions, la mastication offre un large éventail de mouvements de la mandibule et la mise en action de tous les muscles de la face. Certains sont spécialisés dans l’écrasement des aliments mais l’ensemble des joues, des lèvres et de la langue agit de concert pour replacer sans cesse le bol alimentaire entre les dents.

La mastication d’aliments résistants exige l’incorporation de mouvements de latéralité au cours du cycle de la mastication qui sollicitent l’élargissement des arcades. C’est ainsi que l’on donne aux bouches des enfants toutes les chances d’avoir une mâchoire capable d’accueillir toutes les dents. Pour que cette croissance soit symétrique, il faut aussi que la mastication le soit. Toute pathologie des dents de lait, tout défaut de l’articulation dentaire peut entraîner une asymétrie de mastication et donc une croissance pathologique.

Dès que l’enfant a ses premières dents, incisives puis molaires de lait et canines, il faut lui proposer des repas qu’il doit mâcher

Dès que l’enfant a ses premières dents, incisives puis molaires de lait et canines, il faut lui proposer des repas qu’il doit mâcher. Le lait doit laisser la place à des bouilles de plus en plus épaisses puis à des purées de légumes écrasées à la fourchette, avec de la viande ou du jambon coupé en petits morceaux. Les fruits croquants comme les pommes sont eux aussi coupés en toutes petites portions que l’enfant porte à la bouche lui-même. Même les compotes peuvent contenir des petits morceaux de fruits.

Toutes les dents de lait étant à leur place, l’enfant est tout à fait capable de manger comme un adulte. Il n’y a donc aucune raison de le cantonner au «steak haché-frites» ou aux «coquillettes-jambon haché» qui ne lui demandent aucun effort de mastication. Il ne faut pas hésiter à proposer aux enfants des légumes cuits «al dente», des viandes coupées en petits morceaux, des petits pilons de poulet à déchiqueter et des fruits à croquer… À l’heure du goûter, il s’agit également de donner de la baguette bien fraîche avec une barre de chocolat à croquer plutôt que des viennoiseries molles qui s’avalent presque sans se mâcher.

De simples et bonnes conduites alimentaires associées a une bonne ventilation nasale améliorent la situation dentaire. C’est le chemin le plus efficace de la prévention des malocclusions et de l’encombrement dentaire. Elles peuvent éventuellement limiter le nombre d’extractions avant de poser un appareil. Avec l’apprentissage des protocoles de l’hygiène dentaire, elles sont à la base de toute politique de prévention.

Source: http://sante.lefigaro.fr