Mis à part les mélanomes, les maladies de peau ne font pas mourir, mais sont inesthétiques, difficiles à contrôler et à vivre. Heureusement, les traitements sont aujourd’hui plus nombreux et ont bien progressé ces dernières années.

La peau est une barrière extraordinairement efficace qui nous protège de toutes sortes d’agressions extérieures mais, comme tous les organes, elle est sujette à des maladies plus ou moins graves, mais souvent à composante génétique.

L’acné juvénile

Sept adolescents sur dix, filles et garçons, souffrent d’acné, plus ou moins et plus ou moins longtemps, mais ce cap est très souvent mal vécu.

Pour le Pr Michel Botbol, pédopsychiatre à Paris, cette maladie « affichant » et inesthétique suscite deux types de réactions : « L’ado cristallise tout sur ses imperfections, même minimes, ne voit que ça, dramatise. Ou bien, paradoxalement, minimise, joue l’indifférence, se cache.

Les troubles sont parfois profonds, anxiété, obsession, dépression, et l’acné peut renforcer le manque de confiance en soi et retentir sur une vie amoureuse à ses débuts. » Pourtant, un ado sur deux ne consulte pas de médecin et ne se traite donc pas correctement, même quand l’acné est importante, au risque de garder des cicatrices, plus difficiles à faire disparaître.

La poussée des boutons d’acné s’explique par le bouleversement hormonal propre à cet âge. L’augmentation de la sécrétion d’androgènes, hormones masculines présentes chez les garçons mais aussi chez les filles entraîne une hyper séborrhée, accroissement de la production de sébum.

C’est donc sur les zones de peau riches en follicules pilosébacés, essentiellement sur le visage (menton, nez, front) mais aussi le dos, les épaules, le torse que se forment les boutons. Le sébum s’accumule et, mélangé à des cellules, a du mal à s’écouler à la surface de la peau. D’où la formation de comédons, ouverts, points noirs, ou fermés, blancs.

Des bactéries, habituellement présentes en petit nombre se multiplient alors allègrement dans ce milieu favorable, gras et privé d’oxygène, ce qui provoque des lésions inflammatoires disgracieuses : papules, pustules et, un cran au-dessus, nodules.

D’autres facteurs jouent : l’hérédité, le soleil, le stress mais aussi le tabac chez les adultes (smoker’s acne) : la nicotine augmentant la production de sébum et l’épaisseur de la couche cornée.

Les traitements, par voie locale ou orale (antibiotiques, isotrétinoïne), sont aujourd’hui bien codifiés selon le stade de l’acné.

Mais, légère ou grave et même bien traitée, l’acné nécessite toujours des soins d’hygiène avec des produits adaptés, à la fois purifiants et apaisants (pains dermatologiques, gels moussants, crèmes, lotions) ce que ne font pas souvent les ados, surtout les garçons.

Eczéma en augmentation

En hausse constante, comme toutes les maladies allergiques, rhinite, asthme, allergie alimentaire, à cause des changements de notre environnement, la dermatite atopique, ou eczéma, se développe malgré tout sur un terrain génétique prédisposé. Elle touche aujourd’hui 20 % des enfants, surtout avant 2 ans.

Elle peut se prolonger au-delà de la puberté, apparaître ou resurgir tardivement, sous une forme souvent plus handicapante. Rougeurs parfois suintantes, démangeaisons, plaques de peau sèche (dartres), l’eczéma n’est pas simple à soigner mais, comme toutes les maladies chroniques, il peut être contrôlé par une bonne gestion au quotidien. Les crèmes à base de corticoïdes sont efficaces, à condition de bien respecter la durée du traitement et le nombre d’applications quotidiennes à diminuer progressivement.

Pour calmer les démangeaisons, une solution désinfectante et un antihistaminique sont parfois nécessaires. Si l’eczéma est infecté, antibiotiques ou antiviraux s’imposent.

Particulièrement pénible, l’eczéma chronique sévère des mains (avec fissures, douleurs, perte de sensibilité parfois) est dû, dans 50 % des cas, au maniement de détergents, de produits chimiques ou nettoyants, aux frictions répétées… ; c’est d’ailleurs l’une des maladies professionnelles les plus fréquentes.

Mais aujourd’hui, en cas d’échec des dermocorticoïdes puissants, un traitement par voie orale sur prescription (c’est le premier), dérivé de la vitamine A, donne de bons résultats. Dans tous les cas, des soins d’hygiène doux et hydratants sont indispensables.

Psoriasis, des progrès !

Les plaques de psoriasis démangent moins que celles d’eczéma mais la maladie est souvent difficile à vivre. Les plaques inesthétiques sont caractéristiques, du moins chez les adultes : rouges ou roses et squameuses, parfois même croûteuses, plus ou moins étendues, limitées aux coudes et aux genoux, au cuir chevelu ou aux ongles, ou au contraire diffuses.

La maladie peut débuter n’importe quand, dans plus d’un tiers des cas dans l’enfance ou l’adolescence, souvent après un événement perturbant (abandon, maladie grave ou décès d’un proche, rupture) mais, là aussi, il faut une prédisposition génétique.

Pas de solution standard et définitive, mais plusieurs types de traitement, adaptés à la gravité, à l’étendue du psoriasis et à son retentissement sur le vécu de la personne. Depuis quelques années, la panoplie s’est étoffée.

Aux crèmes et lotions à base de corticoïdes ou de vitamine D, souvent associées, et aux traitements systémiques classiques par voie orale (méthotrexate, acitrétine) se sont ajoutées récemment les biothérapies.

Plus efficaces, réservés aux formes modérées à sévères car ils nécessitent une surveillance rigoureuse (dosages biologiques), ces nouveaux traitements issus de la biologie moléculaire bloquent la formation des lésions en ciblant divers stades du processus immuno-inflammatoire responsable de la formation des plaques.

Les biothérapies actuellement disponibles (en injections sous-cutanées), qui ont été prescrites initialement en milieu hospitalier, sont les anti-TNF alpha et les inhibiteurs d’interleukine, mais d’autres sont en cours d’étude.

La puvathérapie (rayons ultraviolets), efficace à raison d’une vingtaine de séances, 3 ou 4 par semaine chez un dermatologue équipé, reste prescrite, mais on ne peut pas multiplier les séquences à vie à cause du risque de cancer cutané.

Les cures thermales (eaux riches en sélénium, arsenic, bicarbonate de soude, sodium ou soufre) ne permettent pas de guérir, mais gardent leur intérêt, car elles apprennent à gérer activement la maladie.

Un conseil : méfiez-vous des produits non médicamenteux « naturels » vendus sur Internet. Ils promettent des miracles, mais ont au mieux un effet placebo et surtout, comme ils ne sont pas contrôlés, ils peuvent être toxiques.

Non aux cancers cutanés

Depuis la mode du bronzage, le nombre de cancers cutanés ne cesse d’augmenter (7 000 nouveaux cas par an), en dépit des campagnes d’information régulières. Gare aux mélanomes, mortels quand ils ne sont pas découverts tôt.

Selon le Dr Caroline Robert, chef du service de dermatologie de l’Institut Gustave Roussy (Villejuif), la recherche a cependant progressé ces dernières années. « Deux types de traitements ont démontré leur efficacité : un anticorps qui augmente l’efficacité du système immunitaire pour combattre le cancer et une thérapie ciblée sur des anomalies moléculaires présentes dans la moitié des mélanomes. »

Cela dit, ce cancer reste très dangereux. Choisissez une crème à indice de protection élevé, surtout si votre peau est claire.

En même temps, vous éviterez d’autres tumeurs cancéreuses (carcinome épidermoïde ou, moins agressif, carcinome basocellulaire) ou précancéreuses (kératoses actiniques). Le soleil oui, mais sans excès.