DANS LE SILLAGE DES DÉFILÉS, FRAGRANCES FLORALES ET PARFUMS VERTS RAVIVENT UNE FÉMINITÉ NÉE DANS LES SEVENTIES.

C’est drôle comme l’inconscient collectif ne semble avoir retenu des années 1970 qu’un relent de patchouli hérité de mai 1968 et de la trousse de toilette du hippie – si toutefois il en eut une.

Le patchouli qui recouvre jusqu’à la scotomiser ce que fut vraiment la parfumerie de ces années-là : un parangon de subtilité.

Fort heureusement, tout le monde n’a pas la mémoire courte. Et cela n’a rien d’un malentendu si les réminiscences de cet idéal de la parfumerie nous viennent de Chloé, dans un mouvement d’offrande pour les seventies qui va bien au-delà de la seule citation.

Servi par une collection automne-hiver 2010-2011 qui ravive le souvenir du prêt-à-porter imaginé par Lagerfeld trente-six ans plus tôt pour la même maison ; soutenu par une égérie – Raquel Zimmermann – tout droit sortie de Charlie’s Angels et par une campagne publicitaire qu’on croirait postdatée du même hiver 1974-1975, le parfum Love de Chloé est plus qu’une allusion : un témoignage.

Il remet dans le nez de notre époque les grands floraux cosmétiques et poudrés, surdosés d’aldéhydes, qui accompagnèrent le mouvement de libération des femmes et signèrent la fin des parfums de « dames » des années 1950 et 1960.Il invoque, d’un bloc, le souvenir d’un Rive Gauche de Saint Laurent (1971), d’un Estée d’Estée Lauder (1968), d’un Climat de Lancôme (1967) réhabilité en 2005 à la faveur de sa jolie Collection ou d’un Charlie de Revlon (1973), portés partout, en province comme au Palace. « Love, pourtant, ne contient pas un gramme d’aldéhydes !, détrompe Louise Turner, l’un des deux auteurs de la fragrance.

Mais il est un des rares parfums du moment à rompre avec les notes fruitées qui doivent absolument apparaître en tête des jus actuels. En cela notamment, il renoue avec la parfumerie des années 1970, peut-être la dernière en date où le marketing n’imposait pas encore ses diktats et où les produits étaient moins nombreux. »