Bon chic bon genre

Au placard, l’exubérance ! Crise oblige, les créateurs ne cherchent plus à bousculer la clientèle en lui concoctant des collections trop osées. Au contraire, l’envie est la retenue, la sobriété distinguée. La saison automne-hiver impose, pour la femme comme pour l’homme, le retour aux valeurs sûres, une inspiration puisant dans les grands classiques. Bref, on dessine du rassurant, on cultive ses racines, on revient aux fondamentaux. Les spécialistes de la mode féminine plongent dans l’histoire récente pour revisiter les dernières décennies. Leurs confrères chargés d’habiller les hommes, eux, réinventent quelques figures imposées – les styles militaire ou anglais, par exemple – sans les brusquer pour autant. En somme, voici venue l’ère du pragmatisme chic.

Rétromania. A croire que  » Retour vers le futur  » est un film culte dans le monde de la mode tant ce thème sert de fil rouge aux collections féminines, tant l’élégance des années 40 à 70 et même 80 plane sur les vêtements et accessoires. Attention, toutefois, jamais les stylistes ne se livrent à l’apologie du vintage, leur talent consiste plutôt à savoir faire du neuf avec de l’ancien afin de poser les bases de futurs classiques. Les meilleurs représentants de cette mouvance sont Muccia Prada et Marc Jacobs pour Louis Vuitton, qui ont présenté des tenues aux accents 50, remettant en avant l’ultraféminité. Autres points forts, la sophistication futuriste colorée des années 60 – évidente chez Miu Miu ou Rochas – et la bourgeoise faussement sage milieu années 70, remise au goût du jour, évidemment. Et le faste des années 80, qu’en reste-t-il ? Beaucoup de références, si l’on en juge par les attributs de la working girl , jouant avec les chevrons, la jupe en cuir et les vestes épaulées.

Raffinement. Prudence tout aussi sage dans les boutiques homme. Confrontés à la même morosité ambiante, les acteurs de la mode masculine veillent à ne pas brusquer des clients plus que frileux. Astuce afin de les séduire : rassurer avec des thèmes récurrents (look militaire, style sport, raffinement anglo-saxon et indémodable beige, archétype des codes bourgeois). Ce registre bon chic, bon genre, bon goût, c’est sûrement Véronique Nichanian, la directrice du prêt-à-porter masculin d’Hermès, qui le maîtrise le mieux. Tout en respectant le patrimoine de la maison, elle le fait évoluer en lui insufflant une sensibilité tout en légèreté dans les mélanges. Tout revival du BCBG impliquant une réapparition du beige, celui-ci revient en force. Puisque la tradition et le conservatisme rassérènent en période instable, la mode homme mise sur une valeur refuge : le style anglais. Autre référence, le sport, source d’inspiration massive. Cette fois, le coup de coeur des créateurs a lieu sur les cimes, puisque la neige version chic et luxe a échauffé plus d’un imaginaire. Même l’uniforme a été mobilisé pour rassurer. Incontournable dès qu’il s’agit de remettre au pas des esprits déroutés, le style militaire refait fureur. Mais, finalement, comment parvenir à concilier passé et futur dans ce monde de la mode doué pour se dédire à vitesse grand V ? La réponse chez Lanvin, à l’origine d’une tendance que l’on pourrait baptiser  » high-tech et tradition  » avec ses costumes coupés à vif associés à des pardessus poids plume flanqués de détails technologiques conciliant le raffinement d’un savoir- faire de tradition et la modernité de techniques contemporaines. Chapeau !.