enfants

Les problèmes de vue des enfants passent souvent inaperçus. Et non pris en charge, ils peuvent être à l’origine de difficultés scolaires. Véronique Morin, orthoptiste, conseille de consulter dès la maternelle.

Les Journées de la vision qui se déroulent jusqu’au 22 octobre sont l’occasion de faire contrôler la vue des enfants. Et pour cause : 80 % des informations liées à l’apprentissage passent par la vue, rappelle l’Association nationale pour l’amélioration de la vue (l’AsnaV). Mais alors qu’un élève sur quatre en classe de primaire présente un trouble visuel, l’association s’inquiète et incite les parents à consulter régulièrement un ophtalmologiste. Et pas question d’attendre l’entrée en CP : c’est dès la maternelle qu’il faut être vigilant. Véronique Morin, orthoptiste et responsable Formation de l’Asnav décrit les signes d’alerte qui doivent pousser à consulter.

Quand faut-il s’inquiéter de la survenue d’éventuels troubles de la vue chez son enfant ?

Véronique Morin : En l’absence d’antécédents familiaux chez les parents ou dans la fratrie, la première consultation peut se faire vers 3 ans. Sinon, il faut consulter dès la première année. Ensuite, on peut programmer des visites de contrôle tous les deux ans.

Quels sont les signes qui doivent alerter les parents ?

D’abord, il faut savoir que les tout-petits ne se rendent généralement pas compte qu’ils ont un défaut visuel ou qu’ils voient flou. C’est donc aux parents d’être attentifs à certains comportements de leur enfant. Chez les plus jeunes, cela peut se manifester par des yeux qui piquent, des yeux qui pleurent, des yeux rouges, etc. Un enfant qui regarde toujours du même côté, qui chute ou qui se cogne souvent doit par ailleurs alerter les parents. Parfois cela se manifeste encore plus sournoisement et peut avoir des conséquences sur son comportement : l’enfant est « trop » sage ou au contraire très agité.

Et chez les plus grands ?

Vers 5-6 ans, les troubles visuels se manifestent différemment : les enfants plissent souvent les yeux et vont rapprocher leur visage au plus près de ce qu’ils regardent. Le plus typique, c’est l’enfant qui colle son visage sur son cahier pour lire ou pour écrire. Ces enfants font aussi plus souvent des fautes quand ils vont au tableau à l’école, confondent les lettres, etc. Les maux de têtes en fin de journée sont par ailleurs fréquents.

Je dirais surtout qu’il faut redoubler de vigilance lorsque l’un ou les deux parents sont touchés par une anomalie de la vue. En effet, 30 % des défauts visuels de l’enfant sont génétiques.

Est-ce qu’une prise en charge trop tardive peut avoir des répercussions sur la vue de l’enfant ?

Lorsque l’enfant naît, il voit 30 fois moins bien qu’un adulte. Ses capacités visuelles vont ensuite se développer progressivement jusqu’à l’âge de 6 ans. Avant 6 ans, on a donc la possibilité de récupérer une partie de la vision normale. A l’inverse, si on ne corrige pas le défaut visuel d’un enfant entre 0 et 6 ans, sa vue ne se développe pas bien. Passés ses 6 ans, le défaut peut se corriger mais le retard de développement se traduira par un défaut d’acuité non corrigeable : l’amblyopie. C’est pourquoi il est indispensable de faire un bilan avant l’entrée à l’école, où l’enfant risque d’avoir des problèmes d’apprentissage de la lecture et l’écriture notamment.

Est-ce que l’utilisation grandissante des écrans (tablettes, jeux vidéos, télévision…) peut aggraver un trouble visuel ?

Oui et non. En fait, toute activité sollicitant exclusivement la vision de près doit être limitée. Cela peut être les écrans, mais aussi les livres, les coloriages ou les jeux de société. L’idéal est donc d’alterner la vision de près (le regard est porté à moins de 3 m) avec la vision de loin (plus de 3 m) afin de ne pas trop fatiguer les yeux de l’enfant et lui laisser des moments de repos visuels. Ainsi lorsqu’un enfant joue au ballon dans une cour d’école, ses yeux sont moins sollicités que lorsqu’il écrit sur son cahier en classe. En pratique, je conseille donc aux parents de veiller à ce que les enfants limitent leur vision de près à 50 % quand ils rentrent à la maison le soir. Par ailleurs, en ce qui concerne les écrans, il faut veiller à avoir une lumière homogène, donc ne surtout pas regarder la télévision dans le noir et éloigner l’enfant d’une distance au moins égale à une fois et demie la diagonale de l’écran.

Les lunettes dites de repos présentent-elle un réel intérêt pour l’enfant ?

Oui, à condition de les porter quand il faut ! Ces lunettes préviennent une fatigue visuelle provoquée par un défaut visuel. Evidemment, si l’enfant attend le soir pour les porter, ça n’a aucun intérêt : c’est tout au long de la journée, lorsqu’il ne ressent aucun signe de fatigue, qu’il doit les porter. Mais ce n’est pas toujours facile…

Source: http://sante.journaldesfemmes.com/