Les femmes qui ont eu un cancer du sein peuvent avoir des enfants sans risques supplémentaires pour leur santé.

La grossesse n’augmente pas le risque de rechute pour les femmes ayant eu un cancer du sein, révèle une étude internationale. Une nouvelle très rassurante pour les survivantes de ce cancer qui souhaitent avoir des enfants.
Ces résultats sont issus d’une étude en cours de publication, présentée le 3 juin au congrès international de l’American Society of Clinical Oncology (ASCO) à Chicago. Elle a porté sur 1207 patientes de moins de 50 ans ayant eu un cancer du sein non-métastasique avant 2008. Parmi elles, 333 sont tombées enceintes.
Premier constat: sur 10 ans, aucune différence n’est constatée dans les taux de rechute et de survie entre les patientes qui ont eu un enfant et les autres.

Déconseillée jusqu’à présent

Un peu plus de la moitié des femmes de l’étude avaient pourtant eu un cancer hormono-dépendant (la taille de la tumeur est stimulée par les hormones féminines, œstrogène ou progestérone). Parmi elles, 40% avaient également un facteur aggravant dans leur cancer: une taille de tumeur importante ou une propagation aux ganglions.
«Jusqu’à présent, nous déconseillions à ces femmes d’avoir un enfant dans la mesure où il s’agit d’un cancer mené par les hormones, d’autant plus présentes durant la grossesse», explique au Figaro le Dr Matteo Lambertini, auteur principal de l’étude. «Par ailleurs, une hormonothérapie (traitement utilisé pour cette forme de cancer, NDLR), dure au moins cinq ans. Si une femme commence son traitement à plus de 30 ans, il est parfois difficile pour elle, à l’issue de ce traitement, de commencer une grossesse.»
Avoir recours à une interruption volontaire de grossesse ou au contraire la mener à terme n’avait pas non plus d’incidence sur le taux de rechute et de survie de la patiente.

Une grossesse protectrice?

À l’inverse, des effets positifs de la grossesse ont été observés chez les femmes enceintes présentant un cancer non hormono-dépendant (considéré comme ayant peu de risques de revenir après cinq ans). Elles avaient 42% de risques en moins de décéder que les autres.
Cela pourrait suggérer que la grossesse a des effets protecteurs. Selon le Dr Lambertini, des études sont en cours pour déterminer si le système immunitaire ou les mécanismes hormonaux jouent un rôle dans cette éventuelle protection. «Cela peut également consolider la théorie d’un «healthy mother effect», qui supposerait qu’il faille être en bonne santé pour tomber enceinte», pointe le Pr Roman Rouzier, directeur médical à l’Institut Curie.

Décision au cas par cas

«Attention cependant, nous ne souhaitons pas laisser croire que la grossesse est un bon moyen de lutter contre le cancer. Nous montrons dans cette étude que cela n’est pas dangereux au regard du taux de rechute et du taux de survie», souligne le Dr Matteo Lambertini. «Chaque cas doit être étudié individuellement, pour décider à quel moment une femme peut tomber enceinte.»
«En France, quand nous donnons le feu vert pour une grossesse, il s’agit d’une discussion collégiale. En effet, pour les cancers homono-dépendants, la grossesse implique un arrêt du traitement», explique le Pr Roman Rouzier, qui précise que cette question de la grossesse se pose chez environ 10% des patientes atteintes de cancer du sein.

Source: http://sante.lefigaro.fr