Prendre de la hauteur au pays du plat, cela attire les regards. Le projet de reconstruction de cette bâtisse en pierres du Perche a chamboulé le paysage environnant. Mais si, en plus, on restaure le patrimoine avec du béton, c’est carrément de la science-fiction ! Récit d’une reconstruction, ou d’un choc des civilisations.

Avec leur maison en pierres verticale, Géraldine et Anne ont cassé les codes traditionnels de l’architecture du Perche. Saignée d’une grande baie, la façade de la fausse longère laisse entrevoir un intérieur contemporain bourré de charme. Pourtant en ruines pendant de nombreuses années, la bâtisse renaît de ses cendres grâce au travail des deux amies et de l’architecte Stéphanie Grimard. Sol en béton ciré, murs en pierres apparentes et mobilier chiné, la déco de cette maison familiale mixe à la fois style industriel et look contemporain. Découverte en images d’une reconstruction de goût…

Un projet de maison à partir de ruines
« Nous avons même appris à poser le carrelage en regardant des tutoriels, sur internet », plaisantent aujourd’hui Géraldine Perrier-Doron et Anne Guiraud. Sauf qu’en 2007, au moment de quitter leurs deux appartements parisiens trop petits, ni l’une ni l’autre ne se serait imaginée en chef de chantier à restaurer un grenier à sel du XVe siècle, à Mauves-sur-Huisne, en plein Parc naturel du Perche. Cette bâtisse, Anne l’avait déjà repérée chez un agent immobilier des environs. Mais la surface annoncée ne suffisait pas. C’est en passant devant le bâtiment en ruines, au cours de la visite d’une autre propriété, que les deux amies changent d’avis. « Lorsque nous l’avons visité, le toit s’effondrait. Le voisin y entreposait ses pommes de terre, il n’y avait ni eau courante, ni électricité, pas d’ouvertures… Seulement du bois moisi et de la terre battue. » Géraldine et Anne décident alors de tenter l’aventure.

Une longère verticale peu ordinaire
La nouvelle page de cet ancien grenier à sel s’est écrite avec l’architecte Stéphanie Grimard, sur une envie de contre-pied, qui s’est traduit par la verticalité. « Ici, dans le Perche, la maison traditionnelle, c’est la longère, étroite et en longueur, avec peu d’ouvertures. Nous, on a fait tout l’inverse », explique Géraldine. Et en effet, après avoir obtenu l’aval de l’architecte des bâtiments de France – c’est même elle qui a soufflé l’idée de la grande meurtrière qui ouvre la façade côté jardin -, Anne et Géraldine n’ont cessé de monter. « Il fallait qu’aucun élément n’encombre la verticalité. Il y a quand même 12 m sous le toit ! », s’enthousiasme Anne.

Une déco brute et authentique
Un contre-pied que l’on retrouve également dans le traitement contemporain des finitions et des matériaux. Ici, le plancher du grenier – où séjournait autrefois une chouette – s’est transformé en meuble à vinyles. Les gravats, récupérés une fois la baie vitrée posée, se sont transformés en murets. Pas question de refaire les enduits, les filles ont préféré conserver les taches de chaux, ces marques du temps que certains s’échinent à supprimer. Un aspect brut qui résonne avec le traitement béton et métal qui habille cette boîte. « Nous ne voulions surtout pas de cette esthétique loft, de pièces séparées par des façades vitrées… », précise Géraldine. À l’image de la cuisine, ou de la salle de bains, où les carreaux en céramique blanche rendent hommage à Jean-Pierre Raynaud, où le néon froid contraste avec la chaleur de la pierre, et distille une touche un peu clinique, « laboratoire » comme dit Anne.

Le béton, fil conducteur dans la maison
Si l’on retrouve autant le béton, notamment à travers l’escalier, la colonne vertébrale de la maison, c’est qu’il habite l’ensemble du travail de Géraldine, dont l’atelier est au sous-sol. Petits bonhommes inquiétants et fragiles, meubles bruts aux motifs légers, parfois brodés, ses oeuvres s’exposent d’ailleurs à merveille dans cet écrin tout trouvé. Comme une galerie maison, ouverte sur le monde.

Le carnet d’adresses des propriétaires :

Pour ses oeuvres en béton qui mêlent le « brut » et la « poésie » : Géraldine Perrier-Doron, geraldineperrierdoron.com

Pour la qualité de ses projets : Stéphanie Grimard, architecte DPLG, stephaniegrimard-architecte.com

Pour leurs belles trouvailles en métal et leur borcante, deux ferrailleurs : Bruno Martin, Lieu-dit Le Pissot, 61400 Mortagne-au-Perche. Beaufils Récupération, 13, rue des Bruyères, 28400 Nogent-le-Rotrou.

Pour leur sélecyion de plantes et leurs précieux conseils : Jardins Secrets, rue de la Huchette, 61400 Mauves-sur-Huisne, tél. 02 33 73 19 24.

Pour leur bois issu des forêts du Perche : Scierie Germond, Le Sablon, 61340 Nocé.

Source: http://www.cotemaison.fr