Peut-on changer l’autre ?

Après les débuts enflammés de la vie à deux sonne l’heure des critiques : “Renonce à ceci”, “Améliore cela”… Pour le bien du partenaire, ou le nôtre ? Les motivations et les limites d’une entreprise de longue haleine.

Pourquoi je le veux différent ?

Pour garder le contrôle
Personne ne s’engage dans une histoire en se disant clairement : « Je vais le changer. » Mais, inconsciemment, ne gardons-nous pas cette certitude : « Il changera » ? Sous-entendu, grâce à nous et à notre amour. Souhaiter avoir une influence sur l’autre, c’est savoir que nos envies, nos sentiments comptent pour lui, que nous sommes important à ses yeux.

« J’ai longtemps souffert du temps que Monir passait derrière son ordinateur, confie Ahlem, 29 ans. Un jour, au lieu de lui crier dessus, j’ai fondu en larmes en lui disant que je me sentais mal aimée. Depuis, il fait attention. Suffisamment pour que je sente ses efforts et que je ne sois plus dans l’agression. » Pourtant, entre se modeler mutuellement pour que la vie à deux soit plus sereine, et avoir l’ambition de métamorphoser son conjoint, le fossé est immense. Changer l’autre est alors, inconsciemment, une façon de garder le contrôle dans le couple.

Pour ne pas changer, moi
« Nous possédons tous en nous la volonté de changer l’autre, explique la thérapeute de couple, car l’autre est en partie un miroir de ce que nous sommes. Au début de la relation, l’autre nous renvoie une image positive et aimante. Lorsque notre regard sur lui devient critique, c’est aussi sur nous-même qu’il le devient. Il est alors plus facile de s’en prendre à lui. » L’homme qui dit : « Tu n’arrêtes pas de râler », renvoie à sa femme une image de mégère insupportable. Pour masquer sa blessure, elle va se défendre en lui renvoyant la responsabilité du conflit : « Si tu étais un peu plus gentil, je râlerais moins. »

Or c’est faux. Cette râleuse a choisi un partenaire qui lui permette de continuer de râler. C’est bien pour cela qu’il l’a aimée ! Dans la période fusionnelle de l’amour, elle râlait sans doute un peu moins pour rester dans la séduction, mais elle râlait déjà. Et lui jugeait alors qu’elle était franche, sincère, pas manipulatrice. Tout est en germe dans la rencontre. Ce qui change, c’est le regard dans le miroir, pas l’image reflétée.

« Tout ce qui appartient à la structure même de la personne ne peut être changé. Nous ne sommes ni le thérapeute ni le sauveur de notre conjoint. Et lorsque nous nous plaçons dans l’une de ces positions, il est bon de s’interroger sur soi. »

Et vous qu’en pensez vous ?